Régulièrement le téléphone LG de ma fiancée se connecte aléatoirement sur des profils Facebook qui ne sont pas le sien. C’est un bug de Facebook mobile que personne ne semble connaitre. Nous, on ne veut pas le signaler. C’est devenu notre petit jeu régulier : Squatter la vie de quelqu’un pendant quelques minutes. Il ne faut surtout pas corriger ça.
Amis, statuts, messages sur le wall, on peut faire ce que l’on veut : Détruire sa relation en envoyant des bisous à une ex, insulter son boss ou faire suivre un tract LGBT à sa mère, présidente de l’église conservatrice de Toulon. Mais, avec ma fiancée, on n’est pas trop du genre à être méchants, on est même plutôt des nounours et au lieu de détruire la vie de quelqu’un, on aime se faire de bons LOL bien à nous. Alors on a décidé de changer simplement le statut de nos victimes en y plaçant une phrase réfléchie qui, théoriquement, fait réagir n’importe quel « fana » de « réseaux sociaux » et autres « discussions » de « l’interweb ».
« LOL le gars ! » est devenu notre slogan. Une phrase à la fois impersonnelle et énigmatique. Après avoir noté le nom de la personne incriminée, après avoir changé son statut, on se log out et on s’empresse vite de l’ajouter comme ami avec nos fake comptes que personne ne refuse (Bob L’éponge ou autres conneries…). On assiste à des discussions hallucinantes entre « amis ». Souvent, l’utilisateur incriminé ne cherche même pas à comprendre pourquoi « LOL le gars ! » est son nouveau statut et participe à la discussion en racontant une anecdote assez « LOL le gars au bureau ! » ou « LOL le gars dans la rue ! ». Parfois, les discussions sont utiles, quand un vieux pote, un peu con, propose de boire un demi « comme avant ». « Quel gars ? lol… ça fait longtemps qu’on s’est pas vu hey, au lycée Mermoz, la 2nde5 énorme lol… ça te dit une bière ? ».
On ne sait pas d’où vient ce bug. Comme elle n’a débarqué que sur des profils français, dont le mien – Elle s’est d’ailleurs empressée de changer mon statut, je pense à des cookies mal interprétés par le réseau mobile qui nous renvoient à la connexion récente d’une autre personne. Ce bug est génial et complètement aléatoire, on ne sait jamais quand on va le croiser, un peu comme un time-warp dans Lost. À mon avis, les meilleurs « LOL le gars! » sont ceux des personnes qui n’acceptent jamais nos fake comptes, ce sont des « LOL le gars! » sauvages, laissés à la nature, et Dieu seul sait ce que nos victimes en ont fait. Larme à l’oeil.
Jusque là, « LOL le gars! » n’a fait qu’une petite dizaine de victimes. Dans un premier temps, on a mis du temps à le mettre en place et à se canaliser, abasourdis par le bonheur qu’est d’usurper l’identité de quelqu’un, qui plus est sur Facebook. Véritable Bonnie & Clyde du bug exploit on espère, maintenant, une contamination plus rapide que le H1N1.
Se planquer avec un rosier. Dans les couloirs. Heureusement, les architectes modernes aiment les baies vitrées et le bâtiment a été inauguré récemment. Le flux de personnes, les allers et venues entre les bureaux, jamais elle. Elle est cloitrée, bloquée dans le sien à relire des courriers ou je ne sais pas ce qu’elle fait. J’entends la voix de Frank, il dicte des trucs et je ne peux pas entrer. Cinq minutes, coincé, entre deux portes, planqué, je cherche à la faire partir. Les secrétaires, mes amies, toujours je leur souris. Elles me le rendent. Et ce sont elles qui me proposent un plan de secours, elles n’ont rien d’autre à foutre de leur journée que d’aider l’amoureux paniqué. Elles veulent les livrer elles-mêmes, je trouve ça moyen : Ce n’est pas assez réfléchi, je proteste. Je veux les fleurs posées sur son bureau, qu’elle les retrouve par hasard en revenant. Le mot avec et tout. Ça va être compliqué, elles me disent. Mais une livraison anonyme, c’est un bon compromis. J’accepte. Je confis les roses. À contre cœur.
Je n’ai pas le temps de revenir à mon poste qu’il sonne déjà. « C’est toi qui m’a amené des fleurs ? ». Vous avez besoin d’un renseignement ? je réponds. T’es con. « Il n’y a pas de mots… ». Je l’ai perdu en courant entre le fleuriste et le bureau. J’espère que quelqu’un l’a ramassé. C’était un pardon.
07h30. Le réveil de son LG vibre.
07h58. Elle sort de la douche, elle m’embrasse. S’en va. Je m’étire, lance Google Reader : 800 machins à lire, réponds à des tweets.
08h06. Sur son twitter « regarde Maurice, 85 ans, tenter de manger un biscuit Delacre avec son café. Depuis 5 minutes. »
08h08. Son statut Facebook. « finit d’organiser la cérémonie du 8 Mai ».
08h10. Sur Twitter je la @ : « Anciens Combattus ». Un clin d’oeil à une blague qu’elle a eu le temps de faire avant 8h.
09h20. Elle envoie un sms : « Tu viens à la cérémonie ? »
09h22. « T’as pris les clefs je suis enfermé dans l’appart »
09h23. « Ah ben… c’est pas grave :) »
09h30. Je pré-commande le nouveau Nathan Fake, que je suis déjà en train d’écouter.
09h40. Elle me décrit la Police Municipale en trois sms : Un russe, un pakistanais et un congolais qui veut manger son pain au chocolat.
10h03. J’envois des mails pour des prises de contacts pour un nouveau papier dans Tsugi.
10h30. Elle m’appelle sans s’en rendre compte avec sa ligne pro, j’écris un sms : « Je suis en live avec toi »
11h05. Je veux manger mes Lions, il y du lait, mais aucun bol. Je prends un verre. Sms : « On n’a pas pris de bols, si ? Je mange mes lions dans un verre »
11h12. Je nettoie l’évier qui se remplit : il est bouché. Je fais ventouse avec ma main : Ça marche !
11h12. Sms : « Ah et j’ai débouché l’évier ! »
11h27. Le Nokia résonne dans l’appart. « Un porte drapeau de 80 ans, qui sent la pisse me drague ». Je me rends compte que je n’ai pas reçu les accusés de mes 3 derniers sms.
11h28. Je la @ : « Je ne reçois pas les accusés de mes sms, tu les as reçu ? ». Elle me @ : « non plus de sms de toi :(« . Dernier @ : « J’ai débouché l’évier, je n’ai pas de bols pour manger mes Lions alors j’ai pris un verre, et « lol bouche toi le nez ».
11h40. Je tombe sur la « dramatique » note de MMartin. Pastiche.
Un sale mec avec une barbe de trois jours et une veste en velours côtelés, il m’a pris ma place. J’allais m’asseoir avec le clan des quarantenaires, le trio des quarantenaires qui font les désirables, j’ai hésité un instant, il est passé sous moi, la petite pute, comme un lézard à qui tu veux faire vivre les pires supplices quand tu es enfant. Il s’est glissé sous mon bras, et s’est assis fier de lui, à deux doigts de se taper une queue sur la blonde, la plus petite du groupe, celle qui parle toujours de sa vie sexuelle à haute voix : C’est pour faire comprendre à tous les usagers qu’elle n’en a pas, qu’elle aimerait qu’on lui fasse ça. Heureusement, j’ai arrêté de l’écouter depuis que je me suis payé un iPod Nano, il y a quelques mois. Constamment sur mes oreilles, je passe mes trajets en train à revivre une rave imaginaire, en ce moment, c’est avec l’album de Dusty Kid.
Quand je suis enfin assis j’envoie un sms à ma fiancée. Je lui dis que je l’aime. La blonde réussit à couvrir le son, et ce qu’elle a fait de ses cuisses ce week-end, je l’apprends quand même. Je les ai déjà vu ensemble sur le marché avec son mari, pas loin de chez moi, un vrai stéréotype. Elle, la petite blonde toute menue, lui, l’ancien rugbyman à mi chemin entre le fantasme gay et le dj de la boite, le club dans lequel on se replie quand tout est blindé, et on s’y fait bien chier. Mais on est suffisamment bourré pour oublier. Ils se tenaient à peine la main, je me suis demandé si c’était son amant. Elle avait un peu honte d’être là. De devoir se farcir le public autour d’elle. La peur d’être reconnu. Quand on habite dans une petite ville picarde, et que l’on va sur le marché, on est comme Laure Manaudou en une de l’Équipe : La peur d’être reconnu, on essaye d’être quelqu’un d’autre, on laisse croire qu’on n’a jamais été là, que l’on n’a jamais promené ce chien.
Ma fiancée insiste pour que je ne la quitte jamais. Je la rassure : Cela n’existe pas dans le vocabulaire que l’on s’est créé. Dans mes sms, je ne mets jamais de points après mes « Je t’aime », ils sont moins oppressants, ils restent toujours ouverts, ils volent dans l’air, pas comme des particules dont on se fout, une poussière que l’on va nettoyer, plus comme une présence réelle, éternelle : C’est pour ça que je ne fais jamais les poussières dans ma chambre. Si vous croyez en Dieu, vous savez de quoi je parle. Il n’y a qu’elle et Dieu qui me donnent l’amour qui est dans l’air. J’ai l’impression d’être André des Poetic Lover quand je parle comme ça. Darlin’, faisons l’amour ce soir. (Check les shorts).
Bébé ne s’est rien cassé au ski.
Rémi fait du jardinage, il part en Egypte le 9 Mars.
Ahmed va acheter son troisième appartement à Marrakech. Ironie, c’est Pascal, son boss, qui va le louer cet été.
Marie-Claude n’est pas encore partie à la retraite. Mais c’est comme-ci. Personne ne lui dit bonjour le matin.
Les mamans, elles vont bien. Samedi elles ont préparé une purée de lentilles. « Les enfants se sont régalés ». C’est Catherine qui a filé la recette pendant la semaine.
La réunion du CE est finalement prévu pour le 11 Mars, quand Bébé reviendra de vacances. Ce sera pour négocier deux semaines de chômage au mois d’Août. Payé à 75%.