Posté le : 2 mars 2010 | Addikted | 0 Commentaire »
La dernière fois que je l’ai vu, c’était en juin dernier. Il avait vraiment grossi, la gueule super ravagée. Il fumait ses clopes avec difficulté, il tremblait à chaque pas. On avait trainé dans les vignes, on était les seuls à vouloir faire quelque chose de notre après-midi. Tous les cousins étaient maintenant de bons darons, profitant d’un samedi aprèm pour s’endormir dans l’herbe, en laissant les enfants répétaient nos bêtises d’enfance. Jouer au croquet et foutre le maillet sur la gueule du petit frère. Nous, nous étions les derniers grands enfants à pas trop savoir ce qu’on foutait là, juste de la présence, faire plaisir. Faire plaisir à maman, à tatie, à mamie et à 80% de ces gens qu’on n’avait jamais vu avant. Se montrer mais pas trop, garder les secrets, juste sourire, se dire “ok”. On avait parlé de sujets pas trop lointains, le boulot, ce qu’on allait faire en septembre. Sa sortie d’HP très vite fait, je connaissais pas les détails, je voulais pas les connaitre, la musique pas mal, les jeux vidéos quelques souvenirs, sur DAoC. On n’avait pas trop rigolé, en fait. Il m’avait demandé si j’écrivais toujours, il se rappelait de textes cools où j’écoutais Voodoo Ray en sautant sur le lit d’une gamine de quinze ans. Il était d’ailleurs dans une embrouille monstre avec une gamine du même age. C’était périphérique.
On se voyait peu, genre une fois tous les trois ans, ma famille (au sens large) est du sud-ouest et nous étions les franciliens. Je descends rarement, sauf un peu l’été. On se disait, blagueur comme on sait l’être en famille hein, “bon bah on se voit au prochain mariage”, “bon bah on se voit au 60 ans de machin” . “Bon bah on se voit au prochain mort”. On pensait à notre grand-mère en disant ça.
Il s’est envolé. À 27 ans. Pas n’importe quel âge. Par la fenêtre de son appart’. Un geste que j’imagine pas, je flippe en regardant le lino, dés que je suis sur un escabeau. On se parlait rarement, internet ne rapproche pas plus que ça, et pourtant chaque fois qu’on se voyait, on restait étonné. On écoutait les mêmes trucs, on citait les mêmes références avec le même détachement de ceux qui connaissent un peu de tout. On avait les mêmes tics de langage. Nous avons été élevé par deux femmes qui sont soeurs, c’était notre seul lien. Il tenait, à une époque, un blog où il parlait de réaliser un porno avec des filles toutes jeunes. Il écrivait en ratant la ponctuation, c’était bourré de fautes et c’était unique. L’adresse s’est perdue.
Je suis vraiment un gros naze pour les hommages. Et j’aimerais ne pas penser à lui plus que ça. M’en foutre un peu, c’est une posture facile. Je me croyais émo qu’avec les meufs.
“ah les petites chatolics…mieux que les petites de l’ump au moins avec les chato on baise sans capote”. C’est le genre de trucs qu’on pouvait se dire.
Posté le : 19 février 2010 | Addikted | 0 Commentaire »
Dans le débat Quick n Halal, très vite on a balancé les grands mots à la fdesouche-benjaminlancar, mais personne n’a eu une pensée pour Nadia. Une pensée pour Momar. Pour les gens.
Nadia, elle traine aux Halles tous les mercredis et un peu le vendredi quand elle zappe le cours de gestion. Avec ses cuisses, elle remplit trois fois son Diesel acheté dégriffé au quartier et il y a même un peu de ventre qui coule sur la ceinture GUESS qui devient difficile à lire. Ses grosses joues restent inévitables. Nadia elle a Facebook sur son Samsung et sans Foursquare tu sais qu’elle est en train de squatter sur les marches aux Halles. “d barres”. Toutes façons elle ne sait faire que ça : Poser son cul et attendre. Nadia aussi, elle adore partager des vidéos sur son profil, un peu de tout, des blagues et des reportages aussi. La polémique sur le KFC, elle ne l’a pas ratée, tout le monde sur son profil à commenter “wé moi jbosse au KFC et j’confirme koi, biz”. Ça la refroidit, mais elle n’a pas fait de scandales. Elle a juste évité le KFC. Elle n’est pas dans l’idéologie. D’ailleurs, elle est vierge, et même si elle te dit que c’est pour respecter sa foi, ne la crois pas. C’est surtout parce qu’aucun mec ne l’a jamais respecté. C’est une grosse casse-couille, Nadia. Un bonhomme, ils disent les pions de son lycée. Mais à la différence des occidentales, elle n’écrit pas là dessus, elle ne fait pas de conférences ou semblant d’être pote avec Despentes. Non, elle s’avale des filet-o-fish. Le filet, c’est le dwich sacré et elle en est presque boulimique. Quand ça la saoule, elle alterne avec la pizzeria halal, et le kébab, mais aux Halles en plein milieu d’aprem : Ya que le filet.
La direction de Quick a bien pigé le truc. Nadia, des marches, elle voit le Quick et elle n’y rentre pas. Normal : le fish est dégueulasse. Pain omniprésent, sauce tartare inexistante. Rien à voir avec le filet de McDo objet de consommation culte, mangé en trois bouchées, apprivoisé par la culture populaire du quartier, omniprésent dans le background rap de scarla indépendant. Changer le fish ne servirait à rien, la dimension du Filet est trop importante et faudrait au moins quatre générations avant que ça change. Alors face à un KFC un peu chelou qui déclare que le poulet en batterie est halal et après avoir bien sondé le marché, le Quick halal s’est lancé peu à peu, depuis la rentrée scolaire 2009. Un bon truc, maintenant c’est plus facile d’inviter sa meuf, maintenant mes potes ne rechignent pas à faire autre chose que le Kébab… et Momar, ça le fait marrer. C’est ironique pour lui. On était ensemble en cinquième, il m’avait prêté un DBZ naze sur Playstation, on se croise encore quelques fois. Il tient une pizzeria en bas de l’immeuble et les poches sous les yeux parlent. “Non mais je dis ouf sérieux, le KFC se déserte, le Domac c’est le domac et ma pizzeria elle allait exploser”.
Ce qui est dingue chez Momar, outre sa pizza chicken-boursin, c’est son côté prof de management à HEC. Tu prends des notes et tu fermes ta gueule. “J’avais un fond de commerce et je voulais faire des pâtes pour changer du kébab mais ma meuf, avec ses cops, elle a trouvé un investissement et chopper la franchise pour faire le business ailleurs, ça marche bien… Alors j’ai fait la classique pizza halal. On a inondé les boites aux lettres, pas trop celles du quartier, mais plutôt les pavillons autour. Aucun musulman dans ces pavillons. Tous les mois, on fout un menu, on ne les laisse jamais tranquilles. Résultat, quand la pizzeria est pleine à cause des potes qui squattent, les mobs, elles, continuent de partir un peu partout dans la ville. J’ai recruté toute la famille et acheté trois mobs depuis l’histoire du KFC. Le téléphone il s’arrête pas, soir de foot et tout, forcément c’est dingue, on a improvisé un standard avec un modem pour faire une double ligne. Tu vois chez Speed Rabbit (qui fait aussi 100% halal), ils ont un service de fou avec CB et machin sur la mob, nous on est comme les commerces de 1960, la petite monnaie et le contact humain, ces conneries, ça plait trop aux gens des pavillons. Et tout le quartier pavillonnaire bouffe halal. Ils s’posent même pas la question. Moi je me la pose par contre : Est-ce que je bouffe bien halal ? Je fais confiance à mon fournisseur, j’ai les certificats et tout, ça rassure, mais tu sais j’ai jamais vu le poulet vivant, je connais pas les conditions d’abattage et comme c’est un produit de l’industrie, il y a de forte chance que ce soit halam… Je préfère ne pas y penser, je ne vais pas enquêter, je m’en fous, le business tourne, tout le monde fait confiance… Et je vois mal TF1 faire des recherches sur la traçabilité de nos produits, tu vois le truc, genre 7 à 8 sur le scandale des produits halal où on se rend compte que c’est fait avec des restes de halouf, ce serait dingue… Mais… Déjà pour eux, faire manger au bon français du halal c’est un scandale, alors le jour où ils vont prendre notre défense…” Momar, il finit sa phrase en entamant une cigarette dans l’arrière cour de la pizzeria au milieu des cagettes de tomates. Marocaines, les tomates. “Faut pas le dire ça. Mais Quick ils ont raison, tout le monde en parle ici, ma mère elle en a rien à foutre des burgers mais elle veut se faire un Quick tu vois. C’est une revendication pour elle, ça veut dire qu’elle existe même chez les grands.”
Posté le : 23 janvier 2010 | Addikted | 5 Commentaires »
Vincent Glad se posait la question. 15% de tweets où il se sent honteux. Sans rire. Loïc monte à 85%. Il fume pas mal de clopes Loïc, aussi. Mais moi ? Je me sens honteux souvent, mais où ? Sur un statut facebook ou une connerie twitter ? Après une blague raciste en famille ou l’humiliation d’une petite grosse en classe avec Barbier en fond sonore ? Mon père, lui, se marre à chaque fois.
Je regrette pas mal mes conneries, si je ne supprime plus mes archives c’est parce que la meuf du buzz-litteraire a kiffé la période la plus ancienne disponible aujourd’hui. J’aimerais pouvoir éteindre mon compte twitter tellement je me sens honteux d’avoir fait cette vanne sur les collants bariolés de cette vieille dans le rer. “Personne ne m’a prévenu que c’était la journée de la tepu?”. Mais fermer son compte twitter c’est tellement nora/sskizo 2008. Twitter n’est pas le lieu où je regrette le plus mes paroles. En général je lâche mon truc et je ne le relis plus. Sauf si quelqu’un me “at”, c’est une sorte de réveil le at, c’est genre Damocles, c’est le moment où on se rend compte que non, on ne parle pas dans le vide, putain, j’ai vraiment dit ça? L’arobas c’est une frayeur : Merde je vais devoir être moins con que je ne le parais. C’est là que la boule pousse dans le bide. On vomit un LOL raté et on fait semblant que personne n’a vu. Jamais on delete. Les couilles sont là.
Je relis ma timeline souvent. Je suis assez parano comme mec. Je me dis “oui là j’étais déplacé”, “oui là c’était pas marrant” “merde j’étais génial ce jour là… c’était il y a six mois”. Mais je lis les autres timeline et j’arrive à me sentir un ton au dessus, car je suis quelqu’un de ONline. Être honteux je le cultive depuis le chat Multimania, j’avais treize ans et cette fille de Saint Raphaël ne m’a jamais répondu après avoir reçu ma photo durement scannée chez un pote plus riche que moi. Pendant des semaines, j’avais du mal avec moi, mon reflet, mes lunettes rondes.
Mais ma personnalité online a évolué, j’ai trollé sur les forums JeuxOnline comme un gros porc, en oubliant qui j’étais derrière un pseudo, derrière mon avatar dans Dark Age of Camelot. Je faisais le roeleplaying d’une grosse chaudasse mineure. J’étais une big star. Mon compte le plus influent a été banni après 666 messages exactement : Markhy Addicted. Putain de grande époque. Je me couchais à 2 heures du mat’ même en période du bac, tous les jours on pourissait l’ambiance et internet ne l’oublie pas.
J’étais sur Zedeathtouch dans le même temps. On a eu quelques coups d’éclats. On peut refaire le même mag aujourd’hui, tu remplaces “progamer” par “community manager” et ça va faire rire tout l’internet.
Les forums musiques aussi, j’ai produit quelques bonne vannes, mais la musique c’était trop sérieux pour moi alors souvent je me faisais niquer par naïveté. Et Teki Latex tenait le niveau tellement haut, niveau phrase définitive et second degré que même M. Oizo n’arrivait pas à suivre.
Twitter est arrivé pour moi en avril 2008, et je me sentais déjà en retard sur ce média. Forcément putain, il y avait Thibaut Thomas qui avait déjà fait 40 mémoires sur le sujet. Puis, récemment, les gens du OFFline sont arrivés et là on a commencé à avoir des regrets. Mais oui, Vincent c’est à cause d’eux ce % de regrets, ne cherche pas, tu ne regrettais rien avant, c’est qu’ils nous empêchent de jouer ces vieux. On ne peux plus vanner comme on le veut, avec nos règles, nos jokes. Non, on doit suivre des règles. “Les 10 règles pour être un bon twittos”. On a encore perdu sur ce jeu, après avoir perdu dans le blog-game, on a perdu dans le tweet-game. Dés qu’il y a un top 10, les jeunes meurent, le jeu est perdu, on prospecte les nouveaux médias pas encore envahis par le monde OFFline.
Le jour où j’ai capté ça, c’est quand @Tristan_NvelObs m’a envoyé un “at”. Je me suis dis : “Putain c’est quoi cette nouvelle team, “NvelObs”, ils ont fait de bons résultats à la Nexen ?” Mes couilles, NvelObs c’est un journal et ce mec là, à ce moment précis, il était ultra sérieux. Il a sous-entendu que je disais de la merde juste parce qu’il avait son tag “Journaliste”. D’un journal totalement OFFline obligé d’être ONline pour sauver les meubles. Il m’a dit “Sauf que la première de Stéphane Guillon c’était il y a un mois à Viroflay. #fail”. Forcément j’ai répondu : “@Tristan_NvelObs #mifailmiraisin. C’était quand même la première au Dejazet.” (http://twitter.com/Markhy/status/7713916907). Là c’était l’épiphanie. Le mec venait d’essayer de me clasher alors que j’en avais rien à foutre de savoir tout ça, de savoir si je disais de la merde ou pas, si j’avais raison ou tort. Depuis il a supprimé son tweet, mais moi je suis comme l’internet, j’oublie rien.
C’est vrai, nous les ONline, on ne supprime rien, on n’oublie rien : On édite. Twitter ne permet pas ça : éditer. Notre bêtise nous fait vivre depuis 1999. On sait où sont nos traces et on les laisse jusqu’à que l’entreprise fasse faillite. La vie privée nous appartient, on en fait ce qu’on veut, parfois c’est une blague, parfois on est bourré, parfois c’est vrai. Mais jamais vous ne savez ce qu’elle est vraiment. Et on va vite trouver un nouveau média pour continuer de vivre en autarcie en vous regardant, désespérément, essayer de nous suivre.
Posté le : 8 janvier 2010 | Addikted | 0 Commentaire »
A moins que ce soit mon grand-père. Il neigeait en tout cas. On m’avait prêté un appareil photo, je peux retrouver la date sur un vieux ordi qui traine chez mes parents. J’avais froid comme tout le monde, j’étais fatigué, un bonnet péruvien sur la tête, oui merde j’étais un lycéen. Je me souviens maintenant, ma grand-mère c’était le 26 novembre 2003, il suffit d’aller voir sur imdb pour m’en rappeler. La sortie de Kill Bill vol. 1 en France. On est allé le voir le soir après l’enterrement avec mes cousins. Mes cousins, je ne les avais jamais vu jusque là. Je les avais croisé bébé, peut-être, j’avais vu les photos par contre, j’avais remarqué l’évolution sur le buffet chaque fois qu’on se tapait un dimanche chez les grand-parents, mais je ne les avais jamais vu physiquement.
J’ai rencontré pas mal de gens, des stars, des écrivains, une actrice X de loin dans un Virgin Megastore, Jean-Paul II m’a caressé la tête, avant que je ne rencontre mes propres cousins. On ne choisit pas l’histoire de sa famille, on ne la connait jamais bien non plus et on a toujours quelques larmes quand on la raconte. La famille comme un putain de bouquin qui ne veut pas pourrir, qui appartient à personne mais qu’on n’hésite pas à souiller. Pourtant c’est le seul bouquin où je ne me sens pas voyeur. Je ne comprends pas qu’on puisse essayer d’ouvrir celui des autres, sauf si tu baises avec l’autre. La famille, les pages écornés par tous ces gens qui sont passés, pas mal de cons, moi le premier, ces pages qui collent pas mal et on aimerait bien les enlever les foutres aux chiottes. J’ai essayé. La chasse, impossible de la tirer. Ces pages collent tellement que tu pourras raconter à tes petit-enfants un truc cool qui les fera rêvé. Même si ce n’est pas vrai, ils ne pourront pas vérifier, ils ne voudront pas décoller, pas de ton vivant.
Mon père me faisait toujours hurler de rire avec les histoires où lui et ses frères pétaient la jambe des copains qui venaient à la maison avec une chèvre et un pin où je ne sais quoi. Il ne les raconte plus trop aujourd’hui, un peu de mal à bien m’en rappeler. Comme un film qu’on a vu en boucle à 8 ans, on le connait par cœur, mais tout ne sort pas comme ça. Le petit nicolas c’était toujours un peu fade à côté des histoires que mon père balançait : Même enfance, même époque, même ambiance réac, mais le petit c’est Papa. À la différence de la fille de Goscinny, je ne peux pas me faire un fric fou avec ces histoires, prétextant saluer la mémoire du gars. Tout le monde s’en fout de mon gars. Je peux juste me les raconter pour pleurer un peu quand je suis extrêmement fatigué. C’est les derniers trucs auxquels je pense, les premiers trucs que je ne veux pas oublier.
Il neigeait quand j’ai enterré ma grand-mère et j’avais une boule aux ventres. Je prenais en photos les feux de position rouge des voitures devant, un peu la merde sur le périph, j’avais envie de faire caca. On s’est retrouvé dans un café à côté de Versailles, j’ai pu visiter les chiottes. Le mec était pas aimable. Ouais c’est vrai, mes grand-parents avaient quand même un peu d’argent, c’est pour ça que nous, on n’en a jamais trop eu. Il neigeait, cela faisait longtemps qu’il n’avait pas neigé et j’étais un peu dégouté de pas pouvoir faire une petite bataille avec les potes - Je ne parle plus à ces potes aujourd’hui. J’évitais de penser surtout pour ne pas regretter d’être un con, c’était trop tard. Pendant un enterrement il faut éviter pas mal de trucs, genre parler, jouir ou dormir. Je m’en rappelle n’avoir rien dit, je n’avais envie de rien sauf de sourire bêtement à ces gens qui ont dû parler à mes grand-parents plus que moi, des trucs importants, de la politique. Même les pompe-funêbres ont l’air d’avoir mieux connu mes grand-parents. Ils en parlaient mieux que moi autour de la clope devant l’église, pendant la messe. J’étais sorti pour envoyer un texto à une meuf que je courtisais, elle ne savait pas où j’étais, et je ne lui ai jamais dis. Les meufs du lycée, je les aimais parce qu’il fallait. T’es obligé de le faire, sinon…
Ce n’est que deux trois ans après que j’ai commencé à pleurer mes grand-parents, c’est venu comme ça. Je me suis dis que c’était con, je ne les avais jamais connu. J’étais un enfant et c’est toujours saoulant un grand-parent quand on est enfant. C’est un dimanche bloqué. Je regrette d’avoir pensé ça, sans pour autant me flageller, ça reste difficile de retourner sur le caveau, ils sont trois là bas à y pioncer pour longtemps, on s’y sent bien con. Souvent quand je sors du lieu, je préfère dire : “Si j’ai les yeux qui piquent, c’est parce que j’ai tendance à bosser dans le noir”. Ça ne convainc personne mais ça me permet de trouver un peu de force pour monter dans la voiture.
Posté le : 19 décembre 2009 | Addikted | 1 Commentaire »
La Addikted 2009 - .zip (rapidshare, dix téléchargements)
12 titres, un treizième mois.
1. Crystal – Initiative !
Dans cette usine, j’étais libre. Le petit stagiaire on n’attend rien de lui. Alors j’ai sali, je n’ai pas nettoyé, j’étais excusé, on me souriait. Les secrétaires mataient mon cul. Les ouvriers vont disparaître, de toutes les armées, les ouvriers sont les seuls à tomber un par un sans avoir vraiment combattu. Les troubles musculo squelettiques ont fait un meilleur travail que le national socialisme. Excellent. Initiative.
2. Nathan Fake – Fentiger
Elle joue avec son ballon. Ses yeux sont les miens. Un ballon rouge. Des yeux bleus. C’est la fin de l’hiver et tu tombes sur les fesses en riant. Être papa c’est revivre sa vie avec un plus jolie sourire. Celui de sa mère. J’ai envie de t’emmener dans des galeries, te montrer de l’art contemporain, écrire des noms sur la main. Mais on a ton ballon rouge. Ça suffit.
3. Mondkopf – Ave Maria
On faisait des blagues sur les forums, on n’était pas sérieux. On refaisait le monde, on ne rigolait pas. Et nous voilà. On pose les pierres. Génération Y, on dit. Premier album, première pige, premier bouquin, premier film, le label est déjà monté. On a le courage, on a les potes sociologues, les potes politiques, les potes LOL, on fait de la veille technologique de groupe Facebook, et on va les pousser vers la sortie, casquette à l’envers, parlé à l’envers. Ils vont mourir en nous regardant rigoler. Ave.
4. Siriusmo – Nights Off
Boucler les projets, il me reste plus qu’une année pour ça. Putain ça y est, une année et j’ai fini. Les nuits blanches, la bombe de colle, le bout des doigts qui se noircit. J’ai les bronches défoncées sans jamais avoir fumé. Je suis malade sans jamais avoir travaillé. Vivement le chômage.
5. Boy 8-Bit – Baltic Pine
Ils dansent loin devant moi dans des tinyjeans colorés, s’échangeant des tinyurl NSFW. On a des têtes de pré pubères et c’est toujours le barbu qui gagne. Chaque génération a son barbu. Le notre est un peu roux, un peu timide. Il n’y a que sur son Atari qu’il arrive à s’exprimer, on se reconnaît dans ce modèle. Ce soir, on danse sans stupéfiant, on est les premiers à faire ça. On a vu Dieu sans la drogue, on respirait fort sur ce manège. Hyperventilation.
6. Clark – Future Daniel
Je sais que tu m’en veux d’avoir pris de l’ecstasy, ma chérie. C’est parce que je ne te connaissais pas assez. Tu en parles comme de la merde. C’est parce que tu n’as jamais essayé. C’est une drogue de l’attente, tu gobes et t’attends. Moi je t’ai longtemps attendu putain, c’est le seul truc que je pouvais consommer, fumer me fait tousser, les seringues depuis une laryngite aiguë, je n’en veux plus. J’ai sauté dans le dix mètres carrés, on a fait quarante fois le tour de République en t-shirt, plusieurs mecs ont essayé de nous agresser, on était sans fric, sans portable, intouchable. Comme toi et moi.
7. The Very Best – Julia
Julia on voulait tous la baiser mais elle n’avait que quatorze ans. Elle sautait sur le lit en petite culotte, la petite soeur. Julia c’est moi qu’elle appelait, elle avait piqué mon numéro à Sylvia, la grande soeur. Elle me racontait ses trips vers les clubs du nord de la France et je refusais toujours d’y aller. Ibiza du Nord. On était con à vingt ans.
8. Major Lazer – Keep it goin’ louder
On vit au dessus d’une école. On s’est incrusté à la fête de fin d’année. C’était marrant, les petites du CM2, elle avaient prépa une choré de dingue sur Black Eyed Peas, et les petites du CM1, c’était sur Magic System. Chaque année, au centre aéré, je fais des chorés aussi. Chaque année, j’essaye de poser mes sons, genre un Aphex Twin ou TTC, ça me fait marrer, ça passe jamais, chaque année ça se termine sur Black Eyed Peas ou Magic System. Et les parents m’offrent des cadeaux cools.
9. Jacno – Rectangle
Mon père, ça fait longtemps qu’il a arrêté de fumer. Et c’est ça qui va le tuer. Diabétique, il a bien compensé. Picouse d’insuline, everyday he hustlin’. Mon père il kiffe notre chat. Après l’avoir laissé une semaine à la maison, le chat il a grave déprimé, il gueulait tout le temps pour des câlins pour qu’on lui parle, qu’on lui file un truc. Quand même, on n’a pas voulu le piquer.
10. John Talabot – Naomi
Quand on dansait ensemble ce onze janvier, tu mouillais. C’est le truc le plus sexy que tu m’ais jamais dit. On n’était pas ensemble, c’était une rencontre arrangée et tu mouillais. On se touchait à peine, moi la vodka annihilait le sang dans ma teub, je dansais pour évacuer, tu me faisais bander. C’est pour ça qu’on s’est aimé. Des animaux, à la base.
11. Hudson Mohawke – Overnight
Ça fait quatre ans que je mets des lunettes larges sur le nez. Je suis myope. J’aime bien les enlever. Je déteste Camélia Jordana. Tu n’es pas myope, tu es juste une gamine que les parents poussaient. Au dessus d’une falaise, c’est moi qui devrais te pousser. Replacer mes Persol sur le nez, marcher sans regarder derrière. Générique.
12. Applescal – July came Along (Alt Fenster remix)
J’ai plusieurs pêchés mignons. Les profiteroles et les basses rondes. Quand je marche dans la rue, que je suis fatigué, je m’imagine une basse ronde et des petits claviers. Des pâtissiers qui font glisser le chocolat en souriant, une image réac. C’est dans le RER que je me réveille. Ce gros me tousse sur la gueule.
13. Neon Indian – Local Jokes
Ce qui est drôle avec tes blagues, c’est qu’elle me donne envie de te balancer mon Mojito à la gueule. Ma femme a disparu, elle discute avec les élus. Et tu continues tes blagues comme si j’avais une oreille pour toi. Je la regarde de loin, elle sourit, serre des mains, fait la bise.