Gonzo Sentiments

Posté le : 21 mars 2010 | Addikted | 3 Commentaires »

On marche main dans la main, je fais des vannes, elle rigole. La journée normale, cool, comme on en rêve quand on a douze ans et qu’on veut se faire aimer en jetant des cailloux sur les meufs qui jouent tranquilles. Il y a des gamins qui courent, qui se prennent en photos, des vieux qui s’embrassent, des mains au cul, un mec qui fait du cerf volant, même Spike Jonze a envie de nous filmer. La musique c’est PWSteal.Ldpinch.D, le packshot à la fin pour une marque de cosmétique bisexuelle. Le soleil commence à me chauffer bien. J’ai la tête libre, on a bu un rosé dégueulasse comme les couples mi pauvres qui veulent se donner un genre adulte. On se chamaille, des vannes sur le physique parce qu’on est putain de beau dans ces moments là, et on sait que ça ne touchera pas l’autre. On est prêt à aller voir de l’art contemporain gratos, tant qu’on a moins de 25 ans. Et j’ai une putain de phrase qui monte dans la tête.

Je me frotte l’œil gauche. C’est toujours la lentille de l’œil gauche qui merde. J’ai une putain de phrase dans la tête. Bien placée, je ne veux pas la perdre. Je fais semblant de faire la gueule, il ne faut pas qu’elle me parle, je veux garder la pensée vive, remodeler la phrase qu’elle soit encore mieux, plus incisive. Ça va faire marrer tout le monde. 200-300 hits, je vois déjà ma mère m’en parler. « Oh Marc vraiment hein cette phrase hein ». J’ai une putain de phrase dans la tête et rien pour la noter, alors je continue de faire la gueule, je me frotte l’œil avec insistance pour détourner le sujet. « Putain mon œil ça saoule ». Et je vais pouvoir garder ma phrase près de moi, la ressortir quand j’aurais un bic, un coin de table. J’ai envie de sortir l’iPhone mais elle va croire que je vais checker twitter et ça va partir en vrille. « Tu check twitter alors qu’on se balade » et machin. Donc je fais la gueule, en souriant un peu quand même, une réponse idéale le sourire. Ça permet de la voir parler sans trop l’écouter, ça conclue des phrases que l’on n’a pas besoin d’échanger. Rallonger la discussion de quelques minutes, le temps de trouver une solution. Ça dure pas. Direct, elle capte qu’il se passe un truc, je suis trop mauvais acteur.

Alors ça y est c’est parti les questions, je fais l’évasif, mais c’est pire, elle s’énerve direct et j’essaye de garder ma phrase. Mais v’là faut que je trouve aussi une réponse pour qu’elle arrête d’insister. C’est un putain de bordel dans ma tête. Je dois tout ranger : Alors je place ma putain de phrase en périphérie, dans le cerveau un peu plus lointain. Je l’appelle le cerveau Reverb, parce qu’il fait résonner les trucs bien lourds que je vais ressortir pour faire du hit. J’ai le cerveau qui pense comme Ableton Live, c’est pour ça que je ne suis pas aller en Terminale S. Je gagne encore un peu de temps. On est bientôt arrivé et elle va forcément avoir envie de pisser. C’est toujours comme ça, dés qu’on arrive dans un lieu, elle a envie de pisser, elle connait toutes les chiottes de tous les lieux de la planète où on est allé à deux. Et c’est généralement dans ces moments que je couche la phrase sur un support quelconque. Forcément, je sais pas ranger le bordel de ma tête, je lui dis le truc le plus ignoble possible, le truc que j’ai le moins réfléchi mais qui paraissait cool à balancer dans une comédie romantique un peu vaseuse, pour faire durer le film plus d’une demi heure. La saloperie est partie d’un coup : J’aurais pu l’insulter de grosse pute et la foutre à quatre patte pour qu’elle me suce la bite devant ces gens, je m’en serais mieux sorti. Donc là, elle part en couille sévère et impossible de tempérer, de me tempérer, je fais « c’est bon, c’est bon ». En serrant les dents. « Et toi alors ? » je balance. J’enlève la reverb de ma putain phrase, je sentais que j’allais la perdre, elle revient tranquillement et je souris nerveusement parce qu’elle est bonne la phrase. Elle est toujours bonne c’te putain de phrase. Et aussi parce que je viens d’entendre un truc trop con qu’elle vient de dire pour me provoquer. « T’es séééérieeeeuuuse? » je fais avec mon accent chelou, faux mecs du quartier. « Et putain tu souris? Toi ça te fait marrer ? » elle fait. Je lâche un soupir, on est dans une rue que je ne connais pas. On s’est paumé.

Bon, fallait peut-être tourner la rue d’avant… Je sais plus. Qu’est ce qu’on fout, merde. On continue de marcher, comme ça, des pas rythmés, l’un essaye de passer devant l’autre. Toujours. Elle n’a pas encore capté qu’on était complétement perdu, elle pense que je maitrise le chemin. Elle me double tout en faisant attention à bien me suivre : Elle a un sens de l’orientation bien pourri. Ce paradoxe m’amuse, mais je n’ai pas le temps de l’analyser faut que je garde ma putain de phrase. Elle tente toutes les provocations existantes, je suis un mur froid qui veut garder son truc bien au chaud. Je m’arrête, elle continue d’avancer en ne criant pas trop fort, elle sait être discrète quand on se fout sur la gueule en public. Les pires trucs qu’on s’est balancés, ce n’est pas en criant à l’appart, mais en les soufflant dans la rue. J’ai pas envie de retrouver le chemin. Je fais semblant de regarder à droite à gauche, je sens que c’est foutu pour ma putain de phrase, je sens bien qu’elle veut que je l’oublie. Et ma putain de femme aussi, je la vois partir, en pestant, elle fonce, elle manque de faire tomber un type, qui ne s’énerve pas mais préfère mater son cul. Elle tourne dans une ruelle, un truc avec un nom absurde, et je la perds complétement. J’attends un moment. Je me dis que je ne suis pas du genre le plus grand des sauveurs, mais il y a une chose trop folle que je veux absolument sauvegarder.

Heureusement pour nous, ce n’est pas la littérature.


Ces gens qui n’existent pas

Posté le : 12 mars 2010 | Addikted | 1 Commentaire »

Même les actrices pornos échangent des trucs chiants à la Xavier Ternisien. Elles pourraient nous inviter backstage en un twitpic, faire du sarcasme sur les coulisses, critiquer les industriels nazes comme Dorcel, politiser un peu. Non, il faut qu’elles balancent du lien chiant, déconnecté, juste pour essayer d’exister au milieu du flux. Elle gratte le RT comme on se gratte le gland, en les regardant. Même recherche de satisfaction éphémère.

Avec les actrices pornos, j’ai toujours fantasmé les écrivains. Je m’imaginais, plus jeune, avec Patrick Besson, se mater Sisqo Shakedown en buvant des alcools forts. Mélancolique.

Rey aussi, on aurait pu prendre de la coke, mais je n’ai jamais aimé ça. Alors un peu de whisky, mais avec sa rehab, putain, ça va être chaud maintenant de lui proposer. Dépecer mon chat, mon ex, pour qu’il cache le corps, c’est le genre de truc que je voulais faire avec Nicolas. Lui le junkie : Limpide, moi le clean : Torturé. Mais maintenant qu’il est clean aussi, je n’ai plus rien à compléter, je fantasme moins.

Je me suis longtemps imaginé au Pulp, entouré de ces poseuses énervantes. Je kiffais Ann Scott parce que je trouvais ses personnages passablement détestables. Tous là à débiter des lieux communs, à name droper des noms aussi vite qu’ils s’essoufflent du peu de culture balancé. Vite, un fix d’hero. Et je n’arrivais pas, moi, à faire des gens détestables. J’essayais, mais c’était plus un truc burlesque. Des méchants ratés, attachants qu’on a envie de câliner. Et récemment je me suis rendu compte que ce n’étaient pas ses personnages qui étaient détestable, mais elle. Ça m’a bien fait chier de découvrir ça, je voulais croire en autre chose, en plein de meufs maigres et bizarres intouchables du pulp, mais en fait il n’y en a plus qu’une et bien palpable. C’est en lisant plus loin que ses romans que je me suis rendu compte de ça. Sur l’internet, j’ai perdu Ann Scott. J’ai vu la vraie, j’ai arrêté de la fantasmer. Je préférais celle que je ne connaissais pas.

Ce qui est cool avec Tatiana de Rosnay, c’est que je n’ai jamais lu ses bouquins. Je ne peux pas être déçu, je ne la connais que de sa timeline. Je peux donner un avis neutre, lavé de tout fantasme. La timeline de Tatiana de Rosnay est une face cachée de l’internet, c’est un peu comme si j’écrivais dans « The Economist ». Pas du tout à ma place. Tatiana de Rosnay est écrivain, oui. Mais genre elle vend beaucoup. Enfin, elle a écrit le livre qui fait vendre beaucoup : vel d’hiv+enfant+journaliste américaine+en anglais. L’air du temps. Elle a un visage bourgeois, un visage trop cliché pour croire qu’elle existe vraiment. Mais sérieux, elle existe bien un truc de fou. Enfin moi je ne connaissais pas son existence, je ne suis pas chez France Loisirs. Je pense que seuls les gens qui ont une carte gold chez France Loisirs doivent la connaitre réellement. Mais grand-parents, morts, je n’ai pas pu leur demander si ils avaient lu ses bouquins. J’adore ses cheveux. Des cheveux poivres et sels qu’elle porte fièrement bien en dessous des épaules. Quand j’étais petit, il y avait une vieille prolo en bas de l’immeuble à côté, elle avait les mêmes cheveux, mais les siens étaient plus gras quand même, moins entretenus, on a fait des sales trucs sur son palier juste parce qu’on n’aimait pas ses cheveux crades. On était de gros cons. Des boules puantes, je regrette.

Tatiana fait bien attention à dire merci à tous ses followfriday, elle ne veut pas chercher plus loin elle dit juste merci, sans forcément lire, sans forcément s’intéresser aux timeline des autres. Elle enchaine les merci pour, après, faire sa maitresse d’école aux autres écrivains « mais il y a bien un échange horizontal entre nous, ce ne sont pas de simple admirateurs », bah oui Tatiana, ils font les robots FF, et toi tu fais le robot merci. Horizontal. Tatiana ne va même pas remarquer que la plupart des gens qui la citent n’existent pas. Ils sont humains, ils mangent, ils boivent, mais… En fait, ils te FF juste pour exister quelque part, car beaucoup n’existe nul part ailleurs. Ce sont juste des @ et un mot un peu plus loin. N’hésitez pas à ff Tatiana, elle vous remerciera sans jamais avoir lu, ni retenu votre nom. Horizontal.

C’est tout le paradoxe de l’écrivain. Il est là pour les gens, il sourit aux gens, écrit pour eux, mais est incapable de se souvenir qui ils sont. Tous ces gens, c’est quoi là? Tu le sais Tatiana ? L’écrivain apprécie seulement la postérité, aime exister. Dans le flux, n’importe qui existe, grandit, est recommandé. Juste en faisant suivre des liens, en tentant des hashtags. La création ne meurt pas sur les nouveaux médias, il faut juste s’avaler la masse des bienséances pour commencer à apercevoir les quelques-uns qui font des choses. Ce qui est magique chez Tatiana, c’est cette façon de faire croire qu’elle maitrise les nouveaux médias, de cacher maladroitement son incompréhension du monde que nous, génération Y, modelons chaque jour à une vitesse folle. Elle fait son expertise 2.0 auprès d’autres écrivains de sa génération car elle ne pourra pas le faire à nous, ça ne marche pas, nous ne sommes pas dupes. Et quand on sera en place, elle disparaitra encore plus vite que nous sommes apparus. Plus on avance dans sa timeline, plus on y voit quelqu’un d’un peu paumé dans un mélange des genres qui la dépasse. Tel un junkie dans une cours d’école. Parfois elle s’essaye à la vanne, parfois elle s’essaye au lien, parfois elle s’essaye à la discussion, parfois elle s’essaye à la twitpic perso, parfois elle s’essaye à l’enquête, mais jamais elle s’essaye à sa personnalité, à se concevoir comme une entité, bien différente des autres. C’est comme si elle aussi n’existait pas. Sauf quand elle est malhabile « Rassurez moi, ce film sur le même sujet que mon livre est moins bien hein ? HEIN ? » En fait on pourrait coller la timeline de Tatiana de Rosnay sur n’importe qui d’autre, ça marcherait. Les timeline interchangeables m’intéressent, elles sont rassurantes, car grâce à elle, je sais que j’existe. Mais vraiment.

Les écrivains doivent arrêter les gazouillis. Et recommencer à écrire. On s’en fout de savoir qui ils sont, on veut juste lire, tourner la page.

D’ailleurs, je m’y mets. cya. xx.


28 février

Posté le : 2 mars 2010 | Addikted | 0 Commentaire »

La dernière fois que je l’ai vu, c’était en juin dernier. Il avait vraiment grossi, la gueule super ravagée. Il fumait ses clopes avec difficulté, il tremblait à chaque pas. On avait trainé dans les vignes, on était les seuls à vouloir faire quelque chose de notre après-midi. Tous les cousins étaient maintenant de bons darons, profitant d’un samedi aprèm pour s’endormir dans l’herbe, en laissant les enfants répétaient nos bêtises d’enfance. Jouer au croquet et foutre le maillet sur la gueule du petit frère. Nous, nous étions les derniers grands enfants à pas trop savoir ce qu’on foutait là, juste de la présence, faire plaisir. Faire plaisir à maman, à tatie, à mamie et à 80% de ces gens qu’on n’avait jamais vu avant. Se montrer mais pas trop, garder les secrets, juste sourire, se dire « ok ». On avait parlé de sujets pas trop lointains, le boulot, ce qu’on allait faire en septembre. Sa sortie d’HP très vite fait, je connaissais pas les détails, je voulais pas les connaitre, la musique pas mal, les jeux vidéos quelques souvenirs, sur DAoC. On n’avait pas trop rigolé, en fait. Il m’avait demandé si j’écrivais toujours, il se rappelait de textes cools où j’écoutais Voodoo Ray en sautant sur le lit d’une gamine de quinze ans. Il était d’ailleurs dans une embrouille monstre avec une gamine du même age. C’était périphérique.

On se voyait peu, genre une fois tous les trois ans, ma famille (au sens large) est du sud-ouest et nous étions les franciliens. Je descends rarement, sauf un peu l’été. On se disait, blagueur comme on sait l’être en famille hein, « bon bah on se voit au prochain mariage », « bon bah on se voit au 60 ans de machin » . « Bon bah on se voit au prochain mort ». On pensait à notre grand-mère en disant ça.

Il s’est envolé. À 27 ans. Pas n’importe quel âge. Par la fenêtre de son appart’. Un geste que j’imagine pas, je flippe en regardant le lino, dés que je suis sur un escabeau. On se parlait rarement, internet ne rapproche pas plus que ça, et pourtant chaque fois qu’on se voyait, on restait étonné. On écoutait les mêmes trucs, on citait les mêmes références avec le même détachement de ceux qui connaissent un peu de tout. On avait les mêmes tics de langage. Nous avons été élevé par deux femmes qui sont soeurs, c’était notre seul lien. Il tenait, à une époque, un blog où il parlait de réaliser un porno avec des filles toutes jeunes. Il écrivait en ratant la ponctuation, c’était bourré de fautes et c’était unique. L’adresse s’est perdue.

Je suis vraiment un gros naze pour les hommages. Et j’aimerais ne pas penser à lui plus que ça. M’en foutre un peu, c’est une posture facile. Je me croyais émo qu’avec les meufs.

« ah les petites chatolics…mieux que les petites de l’ump au moins avec les chato on baise sans capote ». C’est le genre de trucs qu’on pouvait se dire.