« Stagiaire (5) »

Posté le : 25 février 2009 | A NerdZ Life, Stages | 0 Commentaire »

Il y a eu un accident. Un pied cassé. Je ne l’ai pas vu, personne l’a vu : C’était l’équipe du week-end. Des enculés de voleurs me souffle mon supérieur. Alors le tableau à l’entrée de l’usine, compteur des journées sans accident, est revenu à zéro, non sans larmes. Du labo, je vois la responsable sécurité faire le moulin avec ses bras. Elle « reconstitue ». Les équipes rigolent, ils se font surprendre, suspendre. Ne grille pas un stop avec le Fenwick quand la chef sécu traine.
C’est en sortant des toilettes que c’est arrivé. Le mec se tripotait la bite pendant que l’autre roulait toutes lames devant. PEÏNG. Alors il a fallu sévir, trouver des solutions pour que d’autres accidents ne se produisent pas. En général, ils ne se prennent pas la tête là haut : Un mec glisse sur un produit, on interdit le produit. Ils ne peuvent pas interdire le Fenwick, ni de pisser, alors ils ont réfléchi. Ils ont réfléchi longtemps.

Ils ont foutu un poteau en fait. Pas à la sortie des toilettes. Ni sur le chemin, ni rien en fait. Ils sont plus malins : Ils ont foutu un poteau pour réguler la circulation à un autre endroit de l’atelier, à l’opposé. Rendre une zone piétonne. Aucun rapport. Juste parce qu’un mec se plaignait des chariots qui passaient derrière lui.

Alors il y a eu un autre accident. Lié. Une bite dessinée : Sur le poteau. Mes posca au fond de la poche, je ne faisais pas le malin, surtout que le poteau il est sur le chemin du café, j’en étais à mon quatrième. Très vite j’ai sorti ma tête de coupable alors que je n’avais rien à voir avec l’histoire. Les bites dans l’usine, ça revient souvent. Mon boss m’a expliqué, c’est depuis qu’ils ont interdit les posters de filles à poil dans les zones les plus dures de l’usine. Il y a une salle conditionnée à 60° pour que l’encre, un noir presse, ne soit pas trop visqueuse. L’enfer, la fournaise. Même les posters de filles à poil, ils se décollaient dans ce machin. J’ai failli y mourir. La bite, elle a disparu une demi heure après. Dans une usine d’encre, c’est facile de trouver du solvant pour nettoyer. Mais les serial biteur ne vont pas s’arrêter. Dans les ateliers, tu comprends vite un truc : C’est en cinquième, pour la majorité, c’est en cinquième que l’école s’est arrêté.

Je suis arrivé à l’infirmerie vers seize heures. Reprendre mes affaires. Un flamand s’était coupé avec une tasse à café, en céramique. L’anse avait cédé. La solution, ils l’ont vite trouvé. Demain, toutes les tasses à café seront en plastique. Les accidents, dans ce service, sont réduits à néant. Congratulations, médaille.

Dans l’administration, ils trouvent de meilleures solutions que sur la chaine de production. Pourtant, si la chaine de production brûle, il n’y aura plus d’administration. C’est tout le paradoxe. Comment produire si demain il n’y a que des comptables, des ingénieurs, des managers qui demandent à la maintenance de coller des poteaux au hasard ? Heureusement pour nous, les intellectuels, on trouvera toujours un connard qui acceptera. Un connard qui acceptera de croire en ses doigts. Rien qu’en ses doigts. Ouf. Il y aura toujours un « Dom » pour déplacer les futs qu’on se fait chier à vendre. Ses doigts, comme ses certitudes, s’écorchent, et on n’a pas le temps de tout panser. Il continue d’y croire. Je ne crois, moi aussi, qu’en mes doigts. Mais posés sur toi.



et vous