« Stagiaire (2) »
Posté le : 18 février 2009 | A NerdZ Life, Stages | 1 Commentaire »Parce qu’on peut être trop fier de nos ouvriers. En majorité, ils se font bien enculer, il faut le dire. Mais ils sont toujours là, hyper fier du job. Remplir des fûts, les déplacer, boire un café, se saucer. Toujours présents, toujours autant considérés comme de la merde. Mais ils ont dans les mains la poigne que j’ai dans la tête. Je jette un œil sur Bésancenot là et c’est fou ce qu’il est déconnecté. « Ok ok, mais on parle de la Guadeloupe, c’est bien, c’est normal, mais… Non mais j’ai une petite pensée pour les ouvriers de l’usine MucheMuche en grêve depuis le 4 Janvier… On est avec vous… » Là, je suis dans une usine type MucheMuche et ça me fait sourire. Je vérifie ce qu’on m’a appris à l’école publique : L’industrie, c’est mecs d’extrême droite dyslexique dans les revendications. Il n’y a que Ahmed qui est à gauche, sincèrement, dans l’atelier. Modérément à gauche. Ce n’est pas par idéologie, mais par ingéniosité. Alors on va me taxer de raciste, mais c’est pas ma faute si c’est Ahmed qui est le plus malin. Et pas « Dom ». Désolé « Dom ».
Il n’y a que Ahmed qui a compris comment on gagnait plus d’argent avec les assedics, les assurances maladies, etc… En fait Ahmed, il est socialiste juste pour le système, mais il a le pragmatisme d’un gestionnaire de droite. L’argent de l’état, chez Ahmed, il est en Bourse. Moi je donnerai la gestion de l’entreprise à Ahmed, mais il refusera : Il gagnera autant d’argent et plus de temps en restant à son poste, sur le Fenwick, en se faisant arrêter tous les six mois. C’est culturel, les cons de français dans l’usine, ils bossent avec le cœur, la fierté dans le cœur. Ils ont été élevé comme ça : Fier. Je le redis pour un nuage de tag : Fier. Ahmed, par contre, il bosse avec la rose au poing et le fric qui dépasse un peu trop des poches. Il ravale sa fierté pour la recracher dans un portefeuille d’action.
Ce matin, Ahmed il était dans le labo en attendant une correction de viscosité (il manquait 3% d’eau dans le fût sorti), et il était d’accord avec Michel Godet. On écoutait RTL dans le labo. Ahmed acquiesçait, mais il était surement en train de se foutre de ma gueule. Aha, Michel Godet, putain. J’ai eu l’occasion de lire « Le choc de 2006″, il est dans ma bibliothèque même, mon passé d’économiste, ué, putain. Aucun regret. Michel Godet c’est quand même la pire race : Les libéraux aux valeurs familiales. Michel Godet, il passe bien sur RTL, car il pense comme les mamans. Ce n’est pas de l’économie de marché, mais de mamans. La famille est le centre de l’activité économique, on n’est pas dans la merde. Quelle famille, Michel ? De quoi tu parles ? Et si je ne veux pas fonder une famille, je suis éjecté de l’activité économique ? Et si ma famille nucléaire devient une catastrophe ? Heureusement, je suis sauvé, je veux des enfants. Les célibataires, on les méprise avec Michel, ils n’ont pas de vie, on n’a pas besoin de penser à eux, ils ne font que bosser. Jérôme Kerviel peut en témoigner. J’espère réellement que la patrie ne m’en voudra pas, je n’arrive pas à boire les paroles de Godet.
J’ai mangé avec elles, les mamans. Miss Catastrophes. Aujourd’hui, le sujet était grave, il y a un pote de son fils qui est devenu orphelin après un incendie. Elles enchérissaient les unes après les autres dans le misérabilisme, des histoires de gens morts dans des circonstances louches. forum.doctissimo.fr + bouilli de riz + diet coke = Mes repas de midi. Je sature. En trois jours, j’ai réussi à comprendre pourquoi le féminisme n’était qu’une utopie. Tant qu’elles seront « mamans ». Le féminisme, c’est biologiquement casse gueule.
Au labo, je suis mieux. Toujours. J’ai les bras croisés et je pense à Marx. Ma barbe ne pousse toujours pas, adossé comme ça. De loin, je n’arrive pas à lire les consignes de sécurité. C’est ma mère qui les affiche. Il faut que je lui dise. Tout est écrit en Comic Sans. Tu comprends pourquoi, dans l’usine, il y a toujours autant d’accident.
(NDLR : Les noms ont été changé).


J’aime bien ton stage, enfin la manière dont tu le racontes.
J’espère que tu va y rester quelques temps encore ah ah.