« Stagiaire (Fin) »

Posté le : 28 février 2009 | A NerdZ Life, Stages | 2 Commentaires »

Je quitte l’usine. J’ai essayé d’y faire de la romance, mais je m’y suis juste sali les doigts. Je quitte l’usine, où je me suis bien fait chier quand même. Être imprimeur c’est juste passer sa vie à nettoyer des rouleaux. À l’usine, tu ne travailles pas, tu entretiens. Tu entretiens le matériel que tu utilises, et si tu le fais bien, t’as une prime, t’entretiens ta famille. J’ai retenu plusieurs trucs à l’usine, la leçon de la vie, tu vois le genre, « lol ». J’ai retenu qu’il ne fallait pas les plaindre, les ouvriers, ils ne sont pas à plaindre, ils sont heureux, fiers, ils ont tout compris, ils sont vieux aussi, ils s’en foutent un peu. C’est des gamins qui ont mal grandi. À l’école, personne ne s’en est occupé. Ils n’ont jamais voulu que quelqu’un s’occupe d’eux. C’est une population qui détient la vérité, les ouvriers. C’est pour cela qu’on n’y parle pas souvent de Jésus.

Je pense à Rémi, il a perdu deux frères Rémi. Le courant est bien passé avec lui. À deux ans de la retraite, il peut s’en taper des queues au boulot. Il parle de ses enfants comme si c’était les siens, mais c’est ceux de la femme avec qui il s’est marié, ou remarié, je ne sais pas trop en fait. Il est très affectif, Rémi, il a dit plusieurs fois « fiston » quand il m’expliquait comment laver des laveurs. Dans l’imprimerie, on lave les laveurs. Ne demandez pas, c’est comme ça.

J’ai retenu aussi que ce n’était pas mieux avant. Il avait beau être nostalgique, Rémi, la vie aujourd’hui, elle a meilleur goût, on a juste un gros problème en fait, aujourd’hui : C’est les étudiants. Ils ont toujours trop de pouvoir alors qu’ils n’ont jamais rien foutu, je le sais j’en suis un. J’en abuse de ce pouvoir. Quand je nettoyais les laveurs, je me sentais un peu moins que rien, je pensais à ma femme, aux câlins. Et je me suis dis que je pouvais faire ça tous les vendredi, si quelqu’un me lâchait un petit billet. Puis les mercredi, un peu de centre aéré. Les mardi, je tiendrai une permanence pour s’occuper des problèmes informatiques de tout le voisinage. Etc. Ça + ça + ça + etc. Le CPE serait en place j’aurais plus de frics sur mon compte. Le CDI est un contrat qui n’a plus lieu d’exister. Personne n’aime la perpétuité, parles-en à Christophe.

En fait il faudrait un système où le travailleur est libre. Si il veut aller cueillir des fraises, il le fait. Si il veut rien foutre, il fout rien. Ne parlez pas de récessions, il y aura toujours un truc à produire ou un service à proposer. Il faut juste dégager les rentiers, Keynes il l’a dit ça, l’un des seuls trucs que j’ai retenu en 1ère ES. Personne ne veut rester toute sa vie à rien foutre, tu le vois à l’usine, ils se foutent un peu de la gueule du monde, mais ils kiffent tous le travail. Pour déconner, être raciste un peu, retrouver des gens comme eux. Se faire cadrer par le boss, lui chier dessus à la pause. Ils kiffent trop. Et quand ils voient ce qu’on peut imprimer avec les encres qu’ils produisent, ils ont une érection de fou, ils se sentent utiles.

Pas comme Marie-Claude, des bureaux, elle a chialé pendant le repas : Elle va partir à la retraite et personne ne va reprendre son poste. Ça lui fait mal, elle se sent inutile, elle nous a saoulé. Après on l’a contredit, que le boulot tant qu’elle le fait, il est utile, que c’était pour d’autres raisons que le poste ne sera pas repris : Alors elle a dit que ce n’était pas elle qui pensait ça, mais des recherches très sérieuses sur les gens qui partent à la retraite, elle les a lu dans un magazine. J’ai rigolé, connasse. En fait on a compris le machin très vite, elle part à la retraite et personne ne veut faire de fête alors elle dit que la direction n’a aucune estime pour les employés. J’ai failli lui demander si elle pouvait me dire le prénom d’un ouvrier. Elle n’en connaît pas. Elle a tellement d’estime pour elle, qu’elle a oublié de regarder autour. Rémi il ne sera pas remplacé. Et il s’en fout, il fera du jardinage.


« Stagiaire (6) »

Posté le : 26 février 2009 | A NerdZ Life, Stages | 0 Commentaire »

Dernier contre coup de la mondialisation : Dont tout le monde se fout. Depuis qu’ils se sont fait racheter par des américains, ils ont supprimé pas mal de trucs. Pas trop d’emploi quand on regarde de près : L’activité est en constante progression. Non, ils ont viré un aspect majeur du folklore ouvrier : Les calendriers pornos.

En fait c’est le boss qui a réuni tout le monde dans l’atelier un matin, il a dit : Les mecs, c’est cool les filles à poil, c’est cool, je sais que c’est dur pour vous – Il a jeté un oeil vers les gars qui produisent le noir presse – mais on va devoir virer tous les calendriers, les conneries là… Je fais visiter l’usine aux investisseurs américains, vous savez, ils sont très puritains, ne faites pas de conneries, soyez cools. Ils ont été cool. C’est là qu’on remarque la sainte union entre les routiers & les ouvriers… Les routiers, c’est comme le buzz sur internet. Ils font passer le message, il retweet, ué : Donc l’imprimerie Machin va fermer. Et l’atelier Machin des encres à solvant de machin va être fermé en Août, Machin là. Dix minutes après, c’est le plan social autour du Fenwick de « Dom ». Mais si Machin ferme, on tombe nous aussi ? Alors le délégué CGT arrive : Réunion exceptionnelle du CE le 10 Mars. Les routiers, ils peuvent faire médiums. Être le lien entre les chaînes de production, c’est abuser du continuum espace-temps.

Rémi, il est à l’imprimerie. C’est avec lui que je conclus mon stage. L’imprimerie c’est ce qu’il y a de plus chiant : J’y ai retrouvé ma scoliose, nettoyé des rouleaux, puis des pots, calibré le papier, etc. Tas d’enculés. À 15 heures le boulot était fini quand même, on a matté des « blagues », comme il dit, sur internet. C’est des powerpoint avec des cochons qui pètent ou des filles en soutien-gorge qui font peur au bout de deux minutes. À côté de moi il rigolait comme si c’était la première fois qu’il les voyaient, ces conneries. Alors je l’ai imité. Rémi, il m’a montré tous les truc qu’il a fait pour sa petite fille. Putain, il lui a monté une dinette avec des planches piquées à Leroy Merlin et des couvercles de fûts. Nickel. J’étais à deux doigts de l’appeler Papi à mon tour, pour qu’il m’en fasse une pareille.

Pour se changer, il a un petit vestiaire. Il a insisté, il me l’a montré. Sur les murs, des photos de sa petite-fille, quand elle était un bébé, et d’autres enfants. Ils ont affiché les bébés de toute l’équipe, en majorité des petits-enfants : Qui confirment que l’industrie ne mourra pas par manque de production, elle mourra de vieillesse. Oui, ils sont tous Papi. La seule machine que l’on a oublié de remplacer, c’est l’homme. Ça m’arrange moi. Avec un bon timing, ma femme sera ministre quand le taux de chômage redescendra irrémédiablement. C’est un mauvais indicateur le taux de chômage, il ne mesure pas l’argent que je me suis fait en craquant des PSP. J’ai le statut d’étudiant alors je n’entre pas dans ces chiffres. Le chômage monte, mais il faut l’ignorer. Ils peuvent arrêter de recruter dans le BTP, c’est toujours des potes chômeurs qui ont refait la salle de bain de mon voisin, au black. Il y a six mois, ils étaient toujours au chômage, et ils finissaient la terrasse de l’autre voisin. Moi j’installais le réseau wifi. Je suis le SAV. Le taux de chômage n’indique que le vent. L’activité, n’importe où, on l’a fait.

Rémi joue à MasterMind. Je me dis : Que les vieux meurent et ce sera le plein emploi. La production ralentira, mais on y arrivera, on se formera. Sur les murs à côté de sa petite-fille, au milieu des autres petits enfants, des calendriers de femmes à poil. Il n’y a que lui qui a réussi. Il n’y a que Rémi qui a réussi à conserver un peu de pornographie. Rémi, il parle beaucoup de sa petite-fille, mais il m’a mis en garde, du haut de l’imprimerie, il est là aussi pour les petits culs, et je n’ai pas intérêt à gêner son angle de vue. Alors je me fais tout petit, squatte derrière son ordi. Il a peur Rémi. Il se casse en Égypte le mois prochain. Et il n’y a que ça qui le fait flipper : Qu’on lui gâche ses congés payés.


« Stagiaire (5) »

Posté le : 25 février 2009 | A NerdZ Life, Stages | 0 Commentaire »

Il y a eu un accident. Un pied cassé. Je ne l’ai pas vu, personne l’a vu : C’était l’équipe du week-end. Des enculés de voleurs me souffle mon supérieur. Alors le tableau à l’entrée de l’usine, compteur des journées sans accident, est revenu à zéro, non sans larmes. Du labo, je vois la responsable sécurité faire le moulin avec ses bras. Elle « reconstitue ». Les équipes rigolent, ils se font surprendre, suspendre. Ne grille pas un stop avec le Fenwick quand la chef sécu traine.
C’est en sortant des toilettes que c’est arrivé. Le mec se tripotait la bite pendant que l’autre roulait toutes lames devant. PEÏNG. Alors il a fallu sévir, trouver des solutions pour que d’autres accidents ne se produisent pas. En général, ils ne se prennent pas la tête là haut : Un mec glisse sur un produit, on interdit le produit. Ils ne peuvent pas interdire le Fenwick, ni de pisser, alors ils ont réfléchi. Ils ont réfléchi longtemps.

Ils ont foutu un poteau en fait. Pas à la sortie des toilettes. Ni sur le chemin, ni rien en fait. Ils sont plus malins : Ils ont foutu un poteau pour réguler la circulation à un autre endroit de l’atelier, à l’opposé. Rendre une zone piétonne. Aucun rapport. Juste parce qu’un mec se plaignait des chariots qui passaient derrière lui.

Alors il y a eu un autre accident. Lié. Une bite dessinée : Sur le poteau. Mes posca au fond de la poche, je ne faisais pas le malin, surtout que le poteau il est sur le chemin du café, j’en étais à mon quatrième. Très vite j’ai sorti ma tête de coupable alors que je n’avais rien à voir avec l’histoire. Les bites dans l’usine, ça revient souvent. Mon boss m’a expliqué, c’est depuis qu’ils ont interdit les posters de filles à poil dans les zones les plus dures de l’usine. Il y a une salle conditionnée à 60° pour que l’encre, un noir presse, ne soit pas trop visqueuse. L’enfer, la fournaise. Même les posters de filles à poil, ils se décollaient dans ce machin. J’ai failli y mourir. La bite, elle a disparu une demi heure après. Dans une usine d’encre, c’est facile de trouver du solvant pour nettoyer. Mais les serial biteur ne vont pas s’arrêter. Dans les ateliers, tu comprends vite un truc : C’est en cinquième, pour la majorité, c’est en cinquième que l’école s’est arrêté.

Je suis arrivé à l’infirmerie vers seize heures. Reprendre mes affaires. Un flamand s’était coupé avec une tasse à café, en céramique. L’anse avait cédé. La solution, ils l’ont vite trouvé. Demain, toutes les tasses à café seront en plastique. Les accidents, dans ce service, sont réduits à néant. Congratulations, médaille.

Dans l’administration, ils trouvent de meilleures solutions que sur la chaine de production. Pourtant, si la chaine de production brûle, il n’y aura plus d’administration. C’est tout le paradoxe. Comment produire si demain il n’y a que des comptables, des ingénieurs, des managers qui demandent à la maintenance de coller des poteaux au hasard ? Heureusement pour nous, les intellectuels, on trouvera toujours un connard qui acceptera. Un connard qui acceptera de croire en ses doigts. Rien qu’en ses doigts. Ouf. Il y aura toujours un « Dom » pour déplacer les futs qu’on se fait chier à vendre. Ses doigts, comme ses certitudes, s’écorchent, et on n’a pas le temps de tout panser. Il continue d’y croire. Je ne crois, moi aussi, qu’en mes doigts. Mais posés sur toi.


« Stagiaire (4) »

Posté le : 21 février 2009 | A NerdZ Life, Stages | 2 Commentaires »

J’ai recommencé à jouer seul avec mon pénis. Le vendredi ils nettoient les cuves. Et la machine. LA machine. Ils sont toujours six pour faire tourner la machine. LA machine. Alors je me suis bien fait chier. Gagné à FreeCell sur un Dell, Windows 95. 32Mo de ram. Mon tuteur part là où j’ai fait ma colo, au ski, l’année dernière. En n’espérant qu’il ne revienne pas là où j’ai fait ma coloscopie l’année dernière. Les vannes, au labo, elles étaient toujours trop faciles ou ratées. Souvent ratées. Alors je me suis habitué. Comme je me faisais chier, ils m’ont envoyé au département marketing – c’est en fait un seul gars qui dépend d’un bureau plus haut, à La Défense, lui même dépendant d’un mec plus haut, à Londres, lui même… Et ça m’a cramé la gueule le marketing. Je me suis senti chez moi, rien que le vocabulaire : Business plan, réseau, R&D. Il m’a complètement cramé le mec. On n’a pas discuté longtemps et je regardais surtout les dessins que sa fille avait fait pour son anniversaire. Jaloux de ne pas pouvoir encore accrocher les miens dans mon bureau. C’était mignon, on s’est tout de suite compris tous les deux. C’est pour ça que l’on a peu parlé, l’amour tu vois. Maintenant on se salue de loin, c’est cool. Il veut me payer un café là, de loin aussi, il fait le geste avec ses mains. Café ? Je lève le pouce, « I Like », c’est cool. Je suis allé vomir.

Il ne mettra jamais de chaussures de sécurité. C’est un truc que j’ai remarqué. Dans l’administration, ils ont tous les chaussures de sécurité au cas où, merde, il faut aller voir dans les ateliers, merde, on a une conscience. Sauf le marketeux là : Il est super pointu sur ce qu’il vend, il m’a tué en m’expliquant le R&D sur les pigments 100% naturels aux teintes un peu fades. Mais il faudrait que les graphistes les imposent pour faire avancer les choses. Vous avez entièrement raison. Même si ce n’est pas racoleur, c’est des teintes trop discrètes, je suis conscient de ça, un peu onéreuses, je le soulignerai moins par contre. On gagne toujours avec la nature… Car j’insiste : Les algues birmanes restent pour moi un must have dans le futur éthique…. J’ai toujours envie de lui acheter ces teintes birmanes. Elles ont l’air bien. Jamais il n’a mis un pied dans les ateliers, c’est certains. Théoriquement il pourrait me faire boire ses encres, ça a l’air bon quand tu l’entends parler : Il rend ses encres comestibles. De sa bouche, quelques postillons, mais surtout un peu de magie. La parabole de Jésus qui change l’eau en vin est la base du marketing des encres industriels. Jésus n’est jamais entré dans une Église. Il n’est jamais entré dans l’Atelier.

Il mange avec les mecs du labo par contre. La cène. C’est là sa force. Pour être érudit sur un produit, il ne faut pas forcément savoir comment il est fabriqué : On évitera de se mélanger avec les graisseux. Pour être érudit sur un produit, il suffit de bouffer avec ceux qui le testent.


« Stagiaire (3) »

Posté le : 19 février 2009 | A NerdZ Life, Stages | 0 Commentaire »

Je suis dans cette usine pour revoir mes notions de colorimétrie, sur la convention c’est ce qu’il y a d’écrit. « LOL ». L’usine, j’aime ça. J’ai grandi à côté de la Z.I., à vélo sur le parking des Imprimeries, les odeurs, c’est les mêmes de quand j’étais petit. J’ai peur d’aller dans l’OpenSpace moi. Surtout si le manager veut qu’on organise un lipdub. Je ne veux pas chanter sur MGMT cette année. En usine, j’y passerai ma vie : Avant d’y cumuler mes arrêts maladies. J’ai les genoux en compote, je les opérerai quand ça me rapportera de l’argent. Et même si ils me foutent dans les bureaux, je boirai le café dans l’atelier : Lutte finale, relation anale. Des pauses enrichissantes. On est loin des mamans et de leur putain d’malaise vagal.

L’équipe de l’après-midi, ils sont six. Mais le travail peut être fait par trois mecs. Je n’ai pas eu besoin de le préciser, ils le savent tous autant que moi. Ici, on défend ses potes jusqu’à la retraite. Tous les soirs, je fais un audit à ma mère. Maman, tes affiches de sécurité on ne les voit pas pour deux raisons : Elles sont mal placés, elles sont en Comic Sans et c’est illisible de loin le Comic Sans, il faut des typos impactants, Maman, tu vois les Suisses ils ont…. Elle s’en fout.
Les affiches de sécurité, c’est trois tableaux écrit en 30pt. Tu fais trois pas en arrière, t’as du mal à discerner les « e » des « c ». Je suis myope, ok, mais un myope corrigé. Trois pas de plus, tu discernes un peu mieux ce qu’il se passe : C’est un clown qui te parle, tu ne vois plus que l’arrondi hasardeux des caractères dessinés par Vincent Connare.

Ce que je dis est théorique, car tu ne peux pas faire trois pas en arrière pour regarder l’affichage. Il est disposé dans les allés piétons où tu n’as aucun recul. Les barrières te bloquent, et si jamais tu veux en prendre un peu, du recul, t’hésites, un pas, deux pas… Un Fenwick te rentre dedans. Accident. À aucun moment les ouvriers ne sont face aux affiches. À aucun moment les conseils de sécurité leur sont rappelés, ni consciemment, ni inconsciemment. Le seul truc que l’on voit bien c’est les pictos : Corrosifs, irritants, etc. Encore heureux. J’ai dit à ma mère que personne ne les lisait, que personne n’y jetait un œil, elle m’a dit de me taire. Qu’elles étaient très biens les affiches, que ce n’était pas la peine de faire des appels du pied, personne ne me paiera pour tout replacer. Tous les jours dans le métro, j’ai des typos plein la tête, des trucs inintéressants, PriceMinister machin. Les mêmes méthodes pour des consignes de sécurité, c’est des accidents évités. Je suis persuadé, je vais en écrire un essai pour les éditions du Seuil.

J’étais un peu mélancolique cette après-midi. Je change de labo la semaine prochaine, je pars en Imprimerie, je vais quitter mes nouveaux potes : Les petits gros à Moustache, Ahmed. Fuck. J’écoutais les machines me parler. Le rythme régulier, il me berçait, la musique électronique ne pouvait pas naître autre part que dans la Ruhr ou à Detroit. À Manchester. Et pourquoi elle n’est pas née en Lorraine, putain. C’est super violent une usine, un peu crade, un peu raciste, les tuyaux qui envoient les encres préssurisées, ils bougent comme les lattes du lit. Tu sais quand je suis sur toi. Ils remplissent les fûts, comme maman dans papa. Juste avant qu’on naisse : On préfère ne pas imaginer. C’est ça une usine : On ne préfère ne pas imaginer. Je ne pense pas trop au sexe la journée, je vais l’avouer. En fait, tout est là pour te faire débander. Même le café de la Selecta, il ne m’excite pas. Demain, ouais, je te fais la journée sous MDMA : Ils nettoient les cuves, mon tuteur se casse au ski. MDMA. Si je refais un stage là bas, avec un micro sur une perche, j’enregistrerai l’usine. Tous les mecs aussi, porteront un micro. Un jolie montage, et j’exposerai le tout, avec le son super fort, assourdissant, tu vois. TU M’ENTENDS LÀ ? On tirera un drap blanc dans un coin, et pour le vernissage, tout le monde jettera les échantillons qu’ils voudront, des teintes piqués à l’usine. Le lendemain, l’expo commencera vraiment.

Je n’ai pu piquer qu’un seul échantillon. Échec. Put A Donk On It (via VBS).