« Ramadan (12) »
Posté le : 14 septembre 2008 | Addikted | 0 Commentaire »Le visage d’une maghrébine est décidé par son nez. Le nez du non qui remonte un peu, le nez de l’hésitation qui part à gauche, qui part à droite. Le nez du oui que je ne peux pas trop apprécier. Pendant le nez du oui, nos lèvres sont collés. Ce qui il y a de plus important chez une maghrébine, c’est son nez. C’est pour ça qu’on ne les voit pas souvent enrhumée. Enrhumée, elle se cache. Les marocaines se cachent pour se moucher. C’est pour ça que je n’ai pas le droit de le toucher, son nez. Elle me dit que toucher le nez de quelqu’un c’est avouer une tromperie. Bullshit. Toucher le nez d’une marocaine, c’est lui faire dire le contraire de ce qu’elle pense.
Au KFC, il y avait cette femme. Je passe plus de temps au KFC qu’à la maison en ce moment. C’est à cause du ramadan. Une petite grosse en jogging. Elle avait pris un Brazer. Elle avait une pochette adidas qui lui retombait sur le nombril. Le rond du ventre, comme disent mes gamins. Elle était seule. Elle a avalé un autre burger et une glace qu’elle a nappé de caramel. Elle s’est resservie de 7Up deux fois. Elle portait des lunettes carrés, larges. Les séminaristes un peu chelous et proches des filles pendant les pèlerinages de Lourdes portent les mêmes. Elle a cherché ses clefs dans la pochette, a regardé à droite. Puis à gauche. Elle s’est levée et elle est partie. Toute seule. Et, ne me croyez pas, mais j’étais tout bizarre quand je la regardais, complètement compatissant. Triste et heureux de la voir cette femme. J’avais envie de la serrer dans mes bras, de lui dire combien j’étais amoureux en ce moment. Pas d’elle, oh non, pas d’elle. Mais putain, je suis souvent amoureux dans ma vie, j’allais lui dire, je suis souvent amoureux, tous les six mois environ, mon esprit a un timing affreusement restreint, il s’oblige à tomber amoureux : Tous les six mois. L’amour c’est ma productivité, madame, ouais, quand je suis amoureux, j’écris, je pleure, je fais chier les gens, je recompte mes amis, j’éjacule plus franchement. Oui, c’est hormonal. Oui, je vous jure. Amoureux, je produis plus de liquide séminale, m’dame. Je vous promets, je ne sais pas si on en a fait une étude, mais je me fais éjaculer depuis tellement longtemps, m’dame, que je commence à connaître mon corps.
Une cigarette ? Vous ne fumez pas. Moi non plus. Ce n’est pas mon paquet de clope. C’est celui d’un ami. Ouais, il est en cuisine, c’est pour ça que j’ai plus de poulets que les autres dans mon bucket… Oui, j’écris. Quand je prends le temps. J’écris sur moi, m’dame. C’est très mal vu d’écrire sur soi vous savez. Surtout quand on a les yeux bleus, qu’on est châtain. Surtout quand on est né en France et qu’on mange à tous les repas, sauf ceux où on oublie de se réveiller. Mais c’est très mal vu d’écrire sur soi en France. Les gens lisent mais vous méprisent un peu. Ils demandent pourquoi vous faites ça, pourquoi vous ne regardez que votre nombril. Mais quand j’écris sur moi, c’est surtout le nombril des autres que je regarde. La pochette adidas sur votre nombril. Non, mais je serais un émigré roumain, les gens ils m’encourageraient à écrire sur moi. Je sortirais de maison de correction : Même chose, tout le monde serait là à m’encourager. Les gens croient que pour écrire sur soi, il faut avoir forcément une histoire à raconter. Mais c’est faux. Ce qui est vrai, c’est que tout le monde devrait écrire, ou décrire, sa banalité : Sa propre vie.
On vivrait mieux si on lirait les twitter du monde entier, m’dame. On douterait moins. Elle doute de moi là, ma copine ouais, une marocaine, elle croit que je ne vais pas venir la voir, lundi. Mais elle ne sait pas, elle. Je ne lui ai pas encore dit que j’étais taré. Que j’étais prêt à avaler une dizaine d’anxiolytique le vendredi soir, pour que lundi arrive plus vite. Je ne lui ai pas dit pour ne pas la faire fuir. Je veux la garder, elle. Je vois déjà son ventre s’arrondir et la difficulté de joindre les deux bouts, mais je ne le dis qu’à vous ça madame. Je ne le dis qu’à vous : Quand je ne suis pas avec elle, mes week-ends sont des comas.


et vous