I’ve got my drugs, and my stuff, and my pills (When I go to Vegas)

Posté le : 12 mai 2008 | A NerdZ Life | 0 Commentaire »

Je regarde la viande tournée, grillée. Le maillot du Fenerbahçe exposé comme un étendard. Les fontaines lumineuses, qu’on achète au marché, éteintes. Quand elle avait vingt ans, ma mère est allée à Istanbul, c’était il y a tellement longtemps que la ville s’appelait encore Constantinople. Enfin, je crois.

Simon picore une dernière frite, s’essuie autour de la bouche et dissimule un rot avec son poing fermé. Je… J’ai pas envie de rentrer… Toi ? Je hausse les épaules. Tu sais le petit de dix-sept ans “que j’t’ai parlé”, avec sa grosse queue ? Il fait un chill dans l’appart de ses parents… Tu viens ? Je hausse les épaules.

Le mec qui ouvre la porte est effectivement un gamin de dix-sept ans. Un air fier, un regard curieux, des fringues pas coordonnées, des traces de stylo plume sur les mains. Il me scrute. De haut en bas. De bas en haut. Trois fois. Fais toi pousser la moustache. C’est le premier truc qu’il me dit. Je suis imberbe, je réponds. L’éternel duvet naissant c’est sexy. Je hausse les épaules.
Simon me pousse et embrasse le gamin à pleine bouche. J’entre à mon tour. L’appart est petit ou j’ai cette impression parce qu’il y a beaucoup de monde. Que des lycéens. On m’offre un cocktail avant même que je puisse sortir un son de ma bouche. Goûtes s’il te plait, j’ose pas : C’est du champagne, de la vodka, du sirop de malabar… Je bois une gorgée… Du sperm… Mes yeux s’arrondissent. Du sperm, ouais. Il répète sur une autre intonation : Sourire moqueur. Je hausse les sourcils, son cocktail est plutôt bon, alors je lève le pouce en l’air pour le faire partir. Je place le verre au niveau de mes yeux. Du sperm, je répète. Je finis le verre d’un trait.

Je trouve une place dans un canapé, et m’enfonce misérablement. Elle a les yeux bleus et porte un parfum d’homme. Mon parfum. Je lui fais remarquer, elle trouve ça drôle. C’est aussi le parfum de mon père, je lui ai piqué quand il m’a viré de la maison, elle ajoute. J’arrête de sourire. Elle attrape son Polaroid, snap mon visage. Elle me tend la photo. Elle a vu ça dans un film. Le Polaroid… Je suis allé en acheter un tout de suite après… Je m’appelle Jennifer, mais pas Aniston. Elle a continué de parler une dizaine de minutes, enchaîné son name droppin’ jusqu’à l’essoufflement.

Un grand black. Super grand. Pas loin de deux mètres, je crois. Super mince aussi : La malnutrition. Un grand black, donc, qui porte un ticheurte Magic Johnson, XXS. Super moulant. Un grand black, le même, qui monte sur une table, avec son reflex dans les mains, il crie. Il crie super fort. Il a l’air « super » ce black. Un grand black, toujours, qui semble vouloir motiver les gens dans l’appart. Jennifer dort sur mon épaule et je ne distingue pas grand-chose à part la musique très forte.

Assis un peu sur nous, le gamin de dix-sept ans est comme moi. Il essaye de se concentrer sans trop de succès, il ne pige rien à ce qu’il se passe. Il tire sur un joint et caresse la cuisse de Jennifer frénétiquement, plante même ses ongles. Il a de longs ongles, bien manucurés. Elle, elle ne bouge pas. Le black, il est grand, se met à danser sur la table, les yeux écarquillés. Il s’appelle Racine. Mais on l’appelle tous Rama Yade. « Ramayadé ». C’est depuis une soirée Halloween où il est venu en tailleur. Il prend beaucoup d’acide. Son père bosse à l’ambassade du Sénégal, on ne sait pas trop ce qu’il y fout. Rama, par contre, c’est un super photographe. Il me propose le joint qu’il était en train de fumer. Je me l’approprie, tire quelques lattes, sans quitter le black en transe. Je tousse. « Ramayadé », je me répète jusqu’à que Simon se poste devant moi. En larme. C’est ma sœur, Gabriel, ma sœur est morte. La sœur de Simon est morte quand il avait six ans. Je le prends dans mes bras, et le laisse se moucher dans mon gilet.



et vous