Accro

Posté le : 18 avril 2008 | Addikted | 21 Commentaires »

Hé salu toi…c delphine de paris. comen va tu? bien rentré dimanche?biz… a+

Et peut-être que pour elle, l’histoire n’est pas aussi clair que pour moi. Sans effort, elle m’écrit. Prépare ses sms pour les envoyer trois jours plus tard. Je ne soigne pas son addiction et lui réponds une banalité en plaçant habilement mes points d’exclamation. La manipulation sentimentale, c’est des « ! » dans des textos bien sentis.

Dehors, il y a la petite musique du marchand de glaces. Elle n’a pas changé en seize ans. Un pote m’envoie des extraits de l’album de Dahlbäck. July First. On discute. On se demande ce qu’il faut faire pour devenir mainstream : Lui en mixant dans des Karting/Bowling du nord de la France, moi en écrivant sur le net. Je m’ennuie devant la saison 2 de Skins. J’écoute le dernier Jamie Lidell maintenant. Ce soir, j’irais peut-être boire une bière dans un bar pour adolescentes – en Allemagne ils appellent ça un bar à pute – si je ne me perds pas dans Mario Kart.

Mes vacances commencent.


Le train annulé (2)

Posté le : 14 avril 2008 | A NerdZ Life | 6 Commentaires »

Neuf heures cinq, dimanche matin, je suis au fond d’un lit. Presque sous le matelas. Le téléphone sonne, ma tête cogne. Je me tâte : Le téléphone vibre maintenant sur moi. Je comate : Je le laisse s’agiter. Je rappelle. Elle parle : Je suis désolée, je te réveille ? Euh attends… Ouais… Non… On se voit ou pas, parce que ma copine peut me ramener et après je sais pas quel train je peux prendre. Tu vois, parce qu’on a dormi dans la voiture, tu vois, et bon, je suis crevée, mais on se voit hein tu vois ? Ouais, on se voit. À Bastille, ok ? Ok bah je prends le RER C et tout hein. Ce que tu veux.

Elle arrive un peu défaite. Je suis toujours dans le coma. Je marche, elle me regarde marcher. Me suit. C’est le marché. Le marché sent bon : Epices, poulets, toutes ces conneries. Elle se plaint. Le marché lui donne des nausées. Elle n’a pas faim. Déjà pris un McMorning dans la voiture, en after. J’acquiesce, commande un McMorning. Finis vite le Bacon-Œuf. Les petites viennoiseries. J’ai encore l’esprit qui baigne dans un soupçon de weed et me trouve drôle à animer les petits pains au chocolat. Les faire danser, prendre une voie nasillarde : Des marionnettes. Elle rit aussi.

On quitte McDo. Il fait froid. Je me réchauffe en l’enlassant. Je m’ennuie autour d’elle. Un banc sur les quais. Je m’endors à moitié, elle joue avec ma main. Coupe le silence. Et ça signifie quoi pour toi tout ça ?

Laura de Nicky Larson et son marteau trente-trois tonnes s’enfonce dans ma tête embourbée. Rien en fait, je veux dire du tac au tac. Je fais défiler les vingt-quatre dernière heures. Réponds un truc ouvert que je ferme inconsciemment. Je retourne la question. Elle reste tout aussi évasive que moi. Je vois sa réponse influencée par la mienne. Et suis perdu entre un sentiment de toute puissance – Elle ne décidera plus rien contre ma volonté – et la détresse de voir le petit trip se terminait si tôt. J’essaye de détendre le truc, mais n’y arrive pas.

Les heures qui suivent sont dans l’attente. L’attente d’une phrase intéressante, d’une répartie cinglante, d’une complicité qui a déjà disparu. D’un train, surtout. Je suis le premier à partir. On s’embrasse quand même pour se dire au revoir. On ne se dit pas qu’on ne se verra plus. Ou je ne lui dis pas.

J’écris sur mon téléphone. Le tweet ne partira jamais : « Quitté Gare du Nord, 20 heures plus tard ». Je souris, satisfait, quand le train démarre.
Mes plus belles histoires d’amour n’ont pas la force d’un roman, elles tiennent en deux articles.


Le train annulé (1)

Posté le : 13 avril 2008 | A NerdZ Life | 2 Commentaires »

Excusez-moi, mais on peut me raconter ce qu’il se passe ? Bah le train est annulé, c’est la merde, je sais pas quoi faire, c’est la merde, je devais arriver tôt, c’est la merde, je vais me faire chier, je vais boire un café, c’est la merde, le train est juste annulé, des travaux, juste la merde. Je vais boire une café, je sais pas, je vais me faire chier dans cette ville, putain, un café. Ouais, un café. Un café donc ? Ok.

On a bu un premier café. Elle a parlé. Beaucoup parlé. J’ai écouté, à demi-mot. On peut écouter à demi-mot quand on parle peu. Elle m’a parlé de ses origines, de son ex qui part en Chine et qui est peut-être encore son mec. Elle m’a donné son âge. Son prénom. Plein de trucs. Je… Un demi ? Un demi… mot ? Non, une bière.

Un demi, deux demi, trois demi. Ma langue est euphorique. Mon air ? Désabusé. Le train est finalement arrivé. On a continué de discuter, juste laisser parlé nos feelings respectifs. Dans le train, elle s’est maquillée, a enfilé des talons. Elle parle, je réfléchis : Chacun son truc. Ma réflexion : L’inconnue. Je peux l’étrangler, la jeter sur la voie. J’ai ma gueule d’ange, j’ai gagné sa confiance. Je peux lui remaquiller le visage en grattant avec mes ongles. Je peux garder le même sourire en l’accrochant à un piquet de boucher. Je peux être le dernier des psychopathes et il n’y a rien sur moi qui peut lui faire deviner. Je lâche un sourire, elle le prend pour elle.

Je l’ai accompagné Gare de Lyon. Elle a raté un train, deux trains, trois trains. On a continué de boire des bières sur une terrasse. Elle s’en est renversé une, s’est changée. On a marché ensuite vers le port de plaisance. On s’est battu : Les amoureux. Tombé par terre, on s’est embrassé.

Je l’ai ramené vers son train. Elle est montée, le bisous. Le sourire. Je ne suis même pas dans le RER, à peine dans l’escalator : Le portable vibre. Finalement la journée est pluto réussi,elle s’est même très bien terminé.j’espère te revoir demain… si tu le ve bien… ?di moi.je t’appel ce soir.bisous. Je ne monte pas dans le RER. Décide de macher jusqu’à Bastille. Rapidement, la fierté, la confiance, la puissance. Je réponds. Un truc rapide. La différence entre les filles que l’on aime et les filles avec qui l’on vit : C’est les sms. Quand t’en envois un à la fille que tu aimes tu te sens mal : Tu relis, tu revis, tu reformules. Pour les autres, tu fermes le clapet avec une confiance inébranlable. Le cœur illuminé.

Anniversaire. Weed. Vodka-RedBull. Des gens du lycée. Je raconte l’histoire. Peu banale. Belle comme un ange, en face de moi, un petit haut blanc, les yeux bleus qui se plissent quand elle rie. J’ai été le premier mec qu’elle a embrassé. On avait quatorze-quinze ans. La dévergonde, les histoires « de mecs », les premières clopes dans les parcs, dans leurs bras, les cinés sans voir le film, la dose de médocs qui double quand on va mal, les après-midi où le cerveau vaque, les sorties foireuses, la glace, les noix de pécan caramélisées : Tout ça, pour elle, a commencé avec ma langue.
Dans la pièce, d’autres filles que j’ai embrassé durant le lycée. Je me rends compte que j’embrassais des filles presque autant que je me plaignais de ne pas plaire aux filles. L’appel. Alors on se voit demain ? Ouais je te dois un restau. Ouais. Ouais. Bisous. Weed. Vodka-RedBull. Je mix, j’abuse du trigger.

Le texto de 5h40. Coucou toi.ca y est j’vien juste de sortir de boite,trop bien la soirée…et toi ?ca se passe bien ?toujour ok pour demain midi ?biz et bonne fin de soirée. Les yeux se ferment.

Et la suite, plus tard.


Journal d’un infanticide

Posté le : 8 avril 2008 | A NerdZ Life | Tags: , , , , , , , | 6 Commentaires »

J’ai une attirance malsaine pour Sophie Rymer. Je suis fasciné par son histoire, son infanticide. Elle fait partie des ces personnalités féminines que je google souvent avec Florence Rey et Bernadette Soubirous.
Elle était connue sur les forums doctissimo. J’étais persuadé qu’ils tuaient des enfants les utilisateurs de ce forum. Quand tu passes une heure sur doctissimo, t’es obligé de faire un crime : Si tu ne t’es pas déjà tué toi même. Plus dangereux qu’un regroupement néonazi dans une Bar Mitzvah : Le forum Doctissimo.
Sophie45190 a créé un nouveau topic : Sa fé trois jours que je le nourris plus, je le trouve plus calme. Réponse de Camcam57950 : C ptetre un peu radical de plu le nourir soso, moi la derniere foi ke jlai puni, jlai qd meme autorisé à mangé de la cave. Réponse de Virginielavie62 : Le mien refuse de mangé haricots verts et même d frites, ke me conseillez vou les filles ? Ceci est une fiction dans ma tête, presque trop réaliste.

Sophie Rymer a laissé Julien Rymer mourir. Elle a arrêté de le nourir. Elle s’est réveillée chaque matin sans juger l’épuisement de son fils, alité, déscolarisé, peut-être autiste. L’abandonnant pour des forums internet : Une vie meilleure. Je ne reproche rien à Sophie. Plus que son fils, qu’elle a enterré sous quelques cailloux le long d’une voie ferré, c’est elle la victime. Il suffit de lire les propos de la retraitée des PTT. La mère de Sophie, la grand-mère du petit. La marraine du drame. Je crois que c’est la femme la plus détestable que je connaisse. « Je ne lui ai jamais dit je t’aime, comme mes parents à moi me l’ont jamais dit. Sophie a dit je t’aime à Julien, et voilà le résultat ! J’aurais préféré que ce soit toi qui meures dans l’accident plutôt que ta sœur. »

La soeur de Sophie. Petit ange gardien brûlé vif dans un accident, à vingt ans. Petit ange gardien dépassé par la situation : Incapable de faire son travail des cieux pour Julien, pour la famille. De elle, beaucoup de problèmes sont nés. Sa mort, d’abord, a explosé la famille plus trop nucléaire : On connait les dégats. Mais sa vie. Dans la voiture avec elle, il y avait l’amant, l’amour des deux soeurs. Le type a quitté Sophie pour finir calciner avec la soeur : La préférée. Toujours la préférée. Tout se résume à l’amour, dans la vie de Sophie, cela n’existe pas, c’est un mot absent, un mot qui fait l’école buissonnière, un mot déscolarisé comme Julien. La vie de Sophie manque d’amour. Comment une fille qui n’a aucune existence, que l’on n’a jamais aimé, peut-elle, en plus de donner la vie, la choyer ?

Sophie Rymer est une héroïne de roman moderne : Solitude, internet, infanticide, passé insoutenable, anorexie, drogue, gueule cassée, mère isolée. C’est les mots clefs que l’on doit taper si on veut trouver ma Sophie.

(Cet article est une espèce de pastiche de Yann Moix, Mort et Vie d’Edith Stein.)


Ma mère est dermato

Posté le : 8 avril 2008 | A NerdZ Life | 1 Commentaire »

Ma mère est dermato. C’est la réponse que j’ai eu quand j’ai dis : Non mais attends, je veux bien croire à ce concept d’échange spirituel, d’être au dessus de l’a priori physique, mais : Elle a un sérieux problème d’acné. Ma mère est dermato. Ok, ok.
C’est juste qu’elle a préférée l’acné à la dépression nerveuse, tu vois. Ouais.

J’ai raté mon train. Le suivant était le dernier de la journée. Et je me suis vu, Gare du Nord, dans une détresse extrême, sur les bancs métalliques froids. J’ai raté mon train, mais pas n’importe comment : J’ai avalé trois quais en courant, la MacBook sur le dos, pour le voir me narguer au loin. Reprenant mon souffle, la gorge piquante, des larmes autour des yeux qui commençaient à givrer, j’entends le mec de la Sncf me dire : L’heure c’est l’heure. On aurait pu en faire un écran pub. Connard.

English ?Je tourne la tête. C’est une vieille pakistanaise, les yeux perdus, un carnet dans la main. A little, je réponds. Elle me montre son carnet, un numéro : +336xx.. Elle me montre la cabine. Je sors mon portable, compose le numéro : You can call her, if you want… je bafouille dans un anglais improbable. Elle tombe sur la boite vocale. Je réessaye. La pakistanaise ravie, ajoute : It’s funny, because she is Italian. Je tombe sur la boite vocale. Je la regarde. Une seconde. Deux secondes…
Je n’ai pas su dire boite vocale en anglais alors j’ai placé une phrase avec le mot answer et une négation. Elle a acquiescé. Est partie. L’italienne m’a appelé ensuite. Je n’ai pas répondu.

En rentrant, j’ai longé l’Oise. L’Oise, la nuit mérite mon attention. Il y a l’écluse qu’on entend depuis la Gare. Quand on passe à coté d’elle, le son s’étouffe et réapparait quand on la dépasse. Je crois que personne à part moi prend le temps d’écouter cette écluse. Ensuite, on passe devant la mosquée, un peu plus loin, avec un peu de chance on croise une mégane mal garée. Un mec, dedans, prend des photos : Les RG.

Il y a une longue histoire entre l’Oise et moi. Elle date depuis l’adolescence. Des lettres d’amour en morceau s’y sont noyés : Au milieu des cadavres de twingo, il y a un peu de mon cœur émietté. Pendant le lycée, la piste cyclable qui longe l’Oise était le seul lien entre les filles de la ville, et moi, perdu dans un pavillon des quartiers plus populaires. Un quartier improbable : Non man’s land de retraité modeste entre les chômeurs-consanguins-pédophiles-fans de Johnny et ce qu’on appelle maintenant le ghetto. Nos terrains de jeux, c’étaient le parc de l’université et un immense terrain vague.
Aujourd’hui, l’université s’est emprisonnée derrière une clôture, l’immense terrain vague est un mémorial de la déportation.