Le train annulé (2)
Posté le : 14 avril 2008 | A NerdZ Life | 6 Commentaires »Neuf heures cinq, dimanche matin, je suis au fond d’un lit. Presque sous le matelas. Le téléphone sonne, ma tête cogne. Je me tâte : Le téléphone vibre maintenant sur moi. Je comate : Je le laisse s’agiter. Je rappelle. Elle parle : Je suis désolée, je te réveille ? Euh attends… Ouais… Non… On se voit ou pas, parce que ma copine peut me ramener et après je sais pas quel train je peux prendre. Tu vois, parce qu’on a dormi dans la voiture, tu vois, et bon, je suis crevée, mais on se voit hein tu vois ? Ouais, on se voit. À Bastille, ok ? Ok bah je prends le RER C et tout hein. Ce que tu veux.
Elle arrive un peu défaite. Je suis toujours dans le coma. Je marche, elle me regarde marcher. Me suit. C’est le marché. Le marché sent bon : Epices, poulets, toutes ces conneries. Elle se plaint. Le marché lui donne des nausées. Elle n’a pas faim. Déjà pris un McMorning dans la voiture, en after. J’acquiesce, commande un McMorning. Finis vite le Bacon-Œuf. Les petites viennoiseries. J’ai encore l’esprit qui baigne dans un soupçon de weed et me trouve drôle à animer les petits pains au chocolat. Les faire danser, prendre une voie nasillarde : Des marionnettes. Elle rit aussi.
On quitte McDo. Il fait froid. Je me réchauffe en l’enlassant. Je m’ennuie autour d’elle. Un banc sur les quais. Je m’endors à moitié, elle joue avec ma main. Coupe le silence. Et ça signifie quoi pour toi tout ça ?
Laura de Nicky Larson et son marteau trente-trois tonnes s’enfonce dans ma tête embourbée. Rien en fait, je veux dire du tac au tac. Je fais défiler les vingt-quatre dernière heures. Réponds un truc ouvert que je ferme inconsciemment. Je retourne la question. Elle reste tout aussi évasive que moi. Je vois sa réponse influencée par la mienne. Et suis perdu entre un sentiment de toute puissance – Elle ne décidera plus rien contre ma volonté – et la détresse de voir le petit trip se terminait si tôt. J’essaye de détendre le truc, mais n’y arrive pas.
Les heures qui suivent sont dans l’attente. L’attente d’une phrase intéressante, d’une répartie cinglante, d’une complicité qui a déjà disparu. D’un train, surtout. Je suis le premier à partir. On s’embrasse quand même pour se dire au revoir. On ne se dit pas qu’on ne se verra plus. Ou je ne lui dis pas.
J’écris sur mon téléphone. Le tweet ne partira jamais : « Quitté Gare du Nord, 20 heures plus tard ». Je souris, satisfait, quand le train démarre.
Mes plus belles histoires d’amour n’ont pas la force d’un roman, elles tiennent en deux articles.


et vous