Les meufs de chez Perrotin (4)

Posté le : 16 juin 2010 | A NerdZ Life, Addikted, Perrotin | 0 Commentaire »

On n’a jamais rien fédéré. Autour de nous, il n’y a jamais eu de communauté. Les petits du quartier ne voulaient surtout pas devenir comme nous. On passait nos journées dans l’attente. On écoutait des K7. On s’en foutait du support. On voulait voir si ça décalait ou si ça décalait pas pendant qu’on mixait. Et le moyen le plus simple était de se poser sur ce banc et de regarder nos pieds avant de lancer le dictaphone. Les jours sont passés vraiment vite, nos potes passaient, disparaissaient quinze jours, revenaient avec des belles fringues, disparaissaient trente jours, revenaient avec un stock de paraffine nous demandaient si on n’avait pas un micro ondes, disparaissaient dix jours, revenaient avec une voiture sans permis : c’était une Audi TT. On comprenait ce qu’il se passait mais on préférait distribuer le Pub. On était fatigué, tout le temps, fatigué, on disait ça pour ne plus bouger. Vraiment loin de la vie du quartier tout en étant dans le quartier. Le premier pote en zonzon, parce qu’il avait braqué une voiture avec un faux pistolet, ça nous a même pas marqué, ils étaient venus nous demander si on voulait manifester à la maison d’arrêt. Plus de place dans la TT. On est resté sur notre banc. Au dessus de nous, il y avait une pub « le conseil régional de Picardie finance vos projets ». Un renoi tenait une chemise en carton avec écrit « droit constitutionnel », une blanche le tenait par le bras avec le reste des classeurs et un peu plus loin une rebeu frisée souriait, un peu floue dans la profondeur de champ, elle tenait rien, elle. L’affiche, jamais changée, a déteint plus vite qu’on a grandi, obligée de supporter tous nos bruits. Dix ans ou rien n’avait changé sauf la musique dans le dictaphone sans aucun message, juste des jingle et de la house de chez Defected digger sur audiogalaxy. La Mairie, à cause des voisins qui se plaignaient du « bordel », a fini par remplacer notre banc par un aplat de goudron et un trottoir bas pour les personnes handicapés, le conseil régional a laissé son affiche. Ici, le bilan des collectivités territoriales.

Le couple s’engouffre dans le métro. Je replace mes cheveux qui sentent le shampoing premier prix. J’entends les bottes résonnaient, les talons en plastique bon marché, les meufs de perrotin comme des caissières d’Intermarché, la différence n’est pas dans les chaussures. Je suis les gens depuis que je prends le train quotidiennement, les gens en disent plus dans le train que dans leur statut facebook. Sauf Alice avec qui je prenais le train souvent qui mettait mes vannes en statut facebook. Les corails intercités vers Paris sont les meilleurs trains. Il y a des clans, des milfs, des pochettes à dessin. On s’adressait qu’aux meufs avec des pochettes à dessin : t’es dans l’archi ? t’es en art appliqué ? tu fais une formation dans le btp. Les pochettes à dessin ouvraient la discussion pour nous, les jeunes, comme les Blackberry chez les vieux, les blackberry et la belote. Ils jouaient vraiment à la belote. Un petit bisous sur la bouche offre le mec à sa copine. Elle fait la mine de la journée longue et chiante, moi ça fait dix minutes que j’écoute rien dans mon casque en agitant la tête. Les pakos dans les tunnels ont tout compris, ils niquent Wawa-Mania puissance 100, c’est toujours des dames qui s’arrêtent pour voir les divx. Une fois j’ai vu mamie avec sa petite-fille qui piochait les cd. Jamais de nerd chez les pakistanais du divx. Ils sont la nintendo wii du warez : cajual pirating. Il parait qu’ils peuvent courir plus vite qu’on ne déplace un serveur au Liechtenstein. Je les admire ces mecs parce qu’ils m’ont sauvé la vie plus d’une fois, genre tu t’engueules avec ta femme, tu lâches l’argent au Pakis, t’as les roses, le film, je peux de nouveau lui jouir dans la bouche. Ça peut paraitre beauf mais des roses, un divx parfois ça suffit, c’est mieux qu’un texto qu’une longue explication, sauf le pakos qui te dit 5eulos en regardant partout. 5 euros le bouquet presque fané, gros bâtard. Tu marges à 95%. Mais tu me sauves pas mal. Je ne pense pas que les meufs de Perrotin se laissent même masturber par leur mec. Sur les strapontins, côte à côte, il y a énormément de trucs qui les séparent, elles regardent les néons qui défilent, il regarde le petit cul qui descend – moi aussi même si la fille n’avait pas plus de 15 ans. Il approche sa main de la sienne mais elle cherche un truc dans son sac, son agenda moleskine « oh j’tai pas raconté » elle dit en posant la main sur le genou du mec, elle croise les jambes, les bottes tapotent sur le sol.

On était assis sur le trottoir maintenant affaissé. Ruth avait des nouvelles bottes. Ruth n’avait jamais rien fait de sa vie jusque la, virée du CFA, de son CAP « Métier du Pressing », on la voyait juste faire les courses au ED pour sa mère. Et elle avait réussi à acheter des nouvelles bottes. « Oh j’vous ai pas raconté ».


Les meufs de chez Perrotin (3)

Posté le : 29 mai 2010 | A NerdZ Life, Addikted, Perrotin | 2 Commentaires »

On n’avait pas trop le vice nous. On voulait juste La Baise et un peu la vanne. Mais dans l’entourage, le vice était partout, on avait un pote, on l’appelait carrément: Le Vice. On aimait bien donner des noms à tout. Le Vice, si il te tendait la main, il avait forcément laisser un mollard dedans. Si il te filait un bout de suisse au chocolat, c’est qu’il était tombé par terre ou il y avait un donormyl caché dedans, et tu somnolais toute l’aprèm en cours comme un con. Un jour il faisait super chaud, on avait pile poil la thune pour acheter une boite de Magnum à la supérette. Et Le Vice, c’était son daron qui tenait la supérette, il avait regardé la météo la veille et avait vidé le stock. Ton père il a plus de Magnum, on a dit. Il a rigolé et il s’est barré, nous on crevait de chaud. Il est revenu avec sa glace, genre il commençait à la manger. Oh le bâtard, on a tous dit. Et là il fait : je vous en vends. On a dit « Ok ». Il voulait nous vendre la glace au prix de la boite. Le Vice. Tu fais du business sur le dos de ton daron? On a demandé pour le faire culpabiliser, qu’il nous lâche une glace quoi. Il a dit : Juste pour vos gueules. Oh le bâtard, on a tous dit.

Le Vice est mort aujourd’hui. Moi hamdoullah, ça va. Je viens de l’apprendre par sms. Mon meilleur pote qui me le dit pendant que je reprends mes esprits. On n’avait plus trop de nouvelles, il avait déménagé genre à Maubeuge ou j’sais pas où. Son père voulait retourner à l’usine pour toucher une mutuelle qui démonte. Il a fait un arrêt cardiaque, Le Vice. Il était grand et super maigre, La Vigie on l’aurait appelé si c’était pas déjà Le Vice, il s’était grave musclé pendant son adolescence, il allait tous les jours à la salle, il prenait une douche et finissait à la Mosquée ensuite. Comme tous les mecs du quartier, il cherchait un plan pour faire le coach à la salle pour les petits du quartier. Le genre de plan qui se termine en un tournoi PES financé par la mairie. Je suis pas trop sous le choc, je ne me suis jamais attaché aux gens. Il parait qu’on fera un truc au quartier pour lui rendre hommage, manger une glace sur un banc, ou trainer sur un toit pour disperser ses cendres mais comme on aura pas ses cendres, on ira acheter du thym à la supérette et on en fera des cendres qu’on dispersera. J’habite plus au quartier, je ne serai pas là, mais, par sms, je fais le mec impliqué, le mec qui veut savoir et qui propose.

Mais j’ai qu’une image en tête, le petit cul qui fait de l’horloge devant moi.

Je stalke le couple de loin, le casque toujours sur les oreilles pour faire genre, le mec a parlé de PZK, j’ai fait « woké ». Les meufs de Perrotin s’habillent bien. C’est dans le contrat. Mais elles ne s’habillent pas de clichés. En fait c’est difficile à appréhender une meuf de Perrotin, elle n’est pas vraiment hipster, dans des robes sophistiquées de friperies ou de créateurs en micro entreprise. Elle met des bottes sans mettre de bottes, je sais pas si c’est clair. Elle n’est pas art appliqué avec un jean serré, des bottines et un t-shirt enfantin dessiné par Mooz. Elle met des t-shirts parfois, des tshirt qu’elle fait elle même comme dans les bouquins. Elle n’est pas beaux-arts non plus, à marcher les pieds nus en ville avec un air perpétuellement ahuri. Elle le garde pour les dimanche en famille, son air ahuri. Les meufs de Perrotin doivent être modelées par Perrotin lui même, je pense qu’il les commande à un prêteur sur gage. Je te file un Peter Coffin contre cette brunette à frange qui sourit timidement. Il les fait circuler comme les oeuvres de ses galeries, il s’y intéresse peut être pas autant que ses artistes, mais elles ne sont pas là par hasard. Je crois qu’il aime les profils anti-élite, il est comme science po paris, il fait de la discrimination positive de la meuf. Ces meufs, chez Perrotin, ne semblent pas être des filles à papa, elles sont déguisées comme tel, mais je le dis, pas de filles à papa, ça se voit, petite, elle était en jogging mickey portant un cartable de 10 fois son poids. Emmanuel Perrotin, j’ai peur de le rencontrer, moi les noms que je vois écris sur des plaques de métal, j’ai l’impression qu’ils n’existent pas, ce sont des noms abstraits impossible de connecter à des têtes et même si je vois les photos, je dis « non ça ne peut pas être eux ». Edouard Leclerc et Emmanuel Perrotin c’est un peu pareil pour moi. Des commerçants.

Mon iphone sonne, j’ai sursauté, la sonnerie a crié dans le casque. Mon meilleur pote. C’est une photo de lui torse nu, poilu, en train de porter une enceinte démontée sur l’écran. « On te voit alors ? Tu reviens au quartier la semaine pro ? » Tu crois vraiment que je vais jeter du thym du haut de l’immeuble ? « Non mais on fera peut-être pas ça, on va peut-être trainer en voiture je sais pas ». Mais mec ça fait dix ans qu’on n’a pas vu Le Vice, on s’en fout, non ? « C’est juste pour se réunir comme ça, peu importe ». Toute façon j’ai un autre plan samedi. « ..? » Je vais avoir besoin de toi en plus. « Mmh? » Youssouf Fofana mon pote, tu te rapelles ? je vais devenir le Youssouf Fofana de chez Perrotin. « Va falloir que tu m’expliques ».


Les meufs de chez Perrotin (2)

Posté le : 19 mai 2010 | A NerdZ Life, Addikted, Perrotin | 0 Commentaire »

Il y a des kemés qui sont là comme ça. Ils sont D.A, ils disent, « je suis D.A. », et tu regardes le portfolio et tu trouves ça cool parce que c’est l’évidence même du mec qui n’a rien dans la tête sauf son quotidien de meufs bourrées, de tutos vectoriels que tout le monde a fait 100.000 fois lors d’une insomnie et de branlettes sur du mauvais porn. La direction artistique, dans pas mal de cas, c’est de l’autoproclamé. C’est comme Delphine Dumont sur redacbox.fr, c’est en tout point de la merde mais ça continue d’exister parce que « des gens » apprécient. Des putains de gens qui se laissent abuser par les premiers nazes venus remplir l’espace faussement vide. Je trouve ça cool ces fourvoyeurs, nos faire valoir.

Suffit de rouler sa bosse comme on disait en bas de l’immeuble. On était des putains de D.A. nous à l’époque. On avait Corel Photo House et un mixmag acheté pendant un séjour scolaire à Londres. Il y avait un CD mixé de Roger Sanchez dedans: Je suis sûr, je le mets dans la CDJ-1000 aujourd’hui et je fais semblant de mixer, ça passe nickel. On découpait les meufs du mixmag et on les scannait, on écrivait des conneries dessus. Genre Sidounie Sessions vol. 1. Le mot Sessions on l’avait piqué à Kruder&Dorfsmeister parce que ces connards osaient dire dans Trax que c’était déposé. T’as rien déposé du tout, enculé, tout nous appartient. On gravait des compiles, il n’y avait qu’un graveur pour tous les potes. On faisait des putains de street-tape à 2 exemplaires maximums, le gravage c’était long. Généralement de la french house, Trouble Men trois fois par CD. Le remix de Beatnuts c’était la connexion entre ce qu’on voyait à la TV et ce qu’on écoutait tous les jours. Traumatisme dingo.

Je l’ai repéré en me planquant galerie Anne Barrault, rue Saint-Claude. Quand tu te fais jeter de Perrotin à 19h02, à 19h02 putain, il y a toujours les galeries plus modestes qui n’ont pas fermé parce que la fille en tunique/botte/jambe nue n’a pas fini d’envoyer ses mails derrière le macbook blanc. Elle a les jambes croisés si tu voulais voir sa culotte. Le mec est passé dans la rue, dégaine de petite bite dans une chemise trop ample. Il puait le D.A. à plein nez. J’ai fait semblant de regarder l’expo de Hugo Hopping, c’était vraiment cool en fait. Ces mecs à L.A. ne savent pas qu’en France, Marcel Duchamp est un mec connecté à Julien Doré dans l’inconscient. Sérieux, la dernière fois que quelqu’un a parlé de Duchamp à la télé nationale, c’était avec Julien Doré comme invité. Alors Hugo Hopping fait du conceptuel en partant de Duchamp et j’ai Moi Lolita en tête. Fuck France Culture Populaire. A Sugar Diet For Mystics, c’était le nom de l’expo. J’ai carotté tous les fly et mags qui trainaient, je considère comme anormal les piles trop pleines dans les galeries d’art. La meuf décrochait pas de son putain de macbook comme si le seul moyen de lui dire que j’étais dans la salle, en train de visiter son expo, eût été de lui envoyer un mail. Quand je suis sorti, je rebranchais le casque et le couple a manqué de me renverser. Bras dessus, bras dessous. Il lui a demandé si c’était bien la journée, j’ai failli répondre. Elle a dit que c’était cool, je n’ai pas entendu la suite. J’ai marché dans la direction opposée, hébété. J’avais un milliard d’idée qui s’entrechoquait dans la tête et ça formait une triangulation de Delaunay quand je fermais les yeux. Je me suis dis qu’il fallait que je mange un truc avant que je ne tombe dans les vapes.

(PS: J’écris pour le tag parfait. letagparfait.com)


Les meufs de chez Perrotin

Posté le : 29 avril 2010 | A NerdZ Life, Addikted, Perrotin | 0 Commentaire »

À l’époque on ne parlait que d’un truc : La Baise. On disait ça. La Baise. Quand un pote avait une meuf, on le checkait, on faisait « alors tu l’as fait? -Fait quoi? -La Baise ». C’était pas un verbe, c’était un nom propre, on ne le conjuguait pas, on n’y touchait pas, on essayait de se l’imaginer, La Baise. On squattait des lieux que les toxs n’arrivaient plus à accéder, que les dealers évitaient, un peu en hauteur pour voir les meufs passer dans la rue et on s’imaginait des scénarios dingues pour le faire, pour pratiquer La Baise. On avait 13,14 ans, la fin du collège, fallait le faire, c’est tout. Surtout qu’on allait quitter la ZEP pour le lycée du centre-ville où il y a les meufs. Allemand LV1. On envisageait carrément le viol, parce qu’ils parlaient de ces trucs partout, dans les cages d’escalier ou carrément dans le local à poubelle. On se disait qu’ils n’en avaient jamais vu : Jamais, dans un local à poubelle, je sortirai ma bite. Les tournantes sont un peu l’ancêtre du caillassage de bus, notre société baise moins. On écoutait plus la radio qu’on regardait la télé : La télé c’était un truc du salon avec les parents ou pour jouer à la console, la radio c’était un truc de la chambre, très proche de la branlette. La radio libre surtout, on y écoutait des meufs de 20, 22, 24… des « vrais » meufs on disait. Elles parlaient de fantasmes, surtout celui du viol et c’était vraiment bandant, ça nous confirmait dans nos délires, on se disait opérationnel pour organiser ça. La première entreprise qu’on a voulu créer, c’était ça. De l’événementiel dans le viol. Tu veux te faire un fantasme de ouf, tu nous appelles, tu nous files ton agenda, on te donne un créneau et on te pécho quand tu t’y attends le moins.

On écoutait en boucle « Lake Soul – Autour de toi » sur un dictaphone à cassette. Le Guitar Mix qui passait à la radio. On aimait bien la house naïve, ça contrastait avec notre esprit déraillé. C’est partie en couille un mercredi après-midi, on s’était mis d’accord sur une cible pour tester si on pouvait le faire ou pas, La Baise. C’était une meuf pas trop mal qui sortait d’un foyer avec un gosse. On lui disait bonjour, elle était gentille avec nous, elle filait de la monnaie pour des « becs » quand on était en dèche et parlait de son ex, ce « bâtard » qui la frappait régulièrement, on hochait la tête. On s’en foutait. Le CCAS l’avait placé dans un HLM super cool avec un hall ouvert vers l’extérieur où on squattait pour avoir de l’ombre. On avait des talkie-walkie et tout ce jour là. Elle avait filé son gamin à sa mère, faut pas croire que c’était loin, c’était juste le square à côté et elle en avait profité pour faire des courses et vivre son après-midi de mamans célibataires d’environ 21 ans. On l’a suivie comme des dingues, un peu de loin, comme une mission top secrète, elle captait rien et personne ne captait rien parce qu’il croyait qu’on jouait à un truc bizarre comme on en avait l’habitude. On était en demi-molle constante dans nos joggings trop large, à cavaler dans les rues pour ne pas la perdre de vue, on est monté dans des bus qui nous étaient interdits et on s’est retrouvé dans un ED qu’on ne connaissait même pas. « Sérieux, ya un ED là ? ». On avait cette femme, du Oasis Tropicale d’Intermarché (le pilki), nos fantasmes et des talkie-walkie, on se parlait peu mais on n’avait pas besoin de ça pour être excité comme des dingues. Le moment où ça a failli basculer c’est, au retour, quand elle est passée juste devant moi, dans une ruelle inexistante sauf pour les gens du quartier, elle a fait un petit signe, un coucou trop mignon, je pleurais du cœur, et j’ai dit le signal au talkie walkie « PILKI » comme quoi on pouvait la pécho. Personne n’a bougé.

C’était parfait. Elle est partie récupérer son petit et la journée s’est finie normale. On était trop fier de ce qu’on avait fait. On se disait : « putain personne n’a fait ça avant nous ! On est des putains de génie, passe moi l’oasis -S’pas de l’oasis -Connard ». On en a parlé des mois « viens on le refait, viens on le refait ».

Jusqu’à qu’on tombe sur Sophie Calle. Sophie Calle, cette greluche, avait suivi un mec jusqu’à Venise juste parce qu’elle n’avait pas de travail et que c’était une bonne bourgeoise comme on les a toujours détesté ici. Elle avait croisé ce type deux fois dans la même journée: Une fois dans la rue et une autre fois dans un vernissage de photographies surement à chier – on était en 1980 quoi. C’était un signe. Cette Sophie a transformé notre histoire en un truc mythique d’art contemporain que tout le monde a respecté direct. C’est comme ça que son nom est devenu culte. On était dégouté quand on a appris ça. On voulait perdre toute notre culture et oublier qu’il y avait des gens avant nous, on voulait faire nos Nazis et cramer les bouquins de la bibliothèque pour ne plus croiser Sophie Calle. On avait déjà la phrase de Goebbels en tête « Nous les jeunes, on nous ignore », c’était Monsieur Bonfils qui nous l’avait dite en Histoire pour se foutre de nos gueules et de notre jeunisme à chier. On voulait cramer la bibliothèques du quartier pour une seule raison: On y a découvert Sophie Calle. C’est aussi comme ça que j’ai kiffé l’art. Au collège, on croyait que c’était un truc de maitre, de mec débile et grâce à Sophie j’ai découvert qu’on pouvait se faire lick l’anus, facilement, par des gens dégoutés qui voulaient avoir la même idée.

C’est pour ça qu’on se met à fréquenter Perrotin, on y va juste pour être au courant, ne plus copier les autres sans savoir qu’on les copie : de la veille créative, les intellos disent. Longtemps j’ai cru que c’était shame de se cultiver, une fuite de la créativité : Tous ces connards m’ont volé mes idées dix ans avant que je sois né. Mais, pas grave, on encaisse, on continue d’aller à Perrotin. On fait des petits carrés qu’on imprime et de l’histoire de l’art, on se réconcilie avec Sophie parce que notre prof la connait et qu’on veut bien licker de l’ass en attendant d’avoir un métier. À Perrotin, on y croise des boules en inox polies et des meufs à l’entrée, à qui on sourit, elles sont toujours super bien coiffées mais elles te font toujours la gueule, on dirait que tu les déranges. C’est pas comme ci je venais à ta crémaillère sans être invité connasse, t’es autant chez moi que chez toi ici. Puis on vieillit et un soir on y retourne encore parce qu’il parait que Zimmermann c’est excellent qu’il faut absolument que tu le vois : « On dirait qu’c'est vivant ». Il est un peu 19h, la journée rude, on ne pouvait pas y aller avant et, au fond de l’impasse, t’as la blondasse, les cheveux super bien attachées, tu sens la laque d’ici qui lui a collé son iPhone à l’oreille, son mec est là aussi avec son slim et ses bottines, lui, les cheveux en l’air il semblerait qu’il ait piqué la laque de sa meuf discret. Ils ont l’air tellement cool. Elle te fait un non de la tête super sévère. Genre il est 19h02, elle a fermé la galerie, tu vois très bien qu’il y a ses collègues sur les macs derrière la vitre, mais non c’est mort pour toi, pas de Perrotin pour toi, il organise son before avec une pote.

C’est là que tu te dis qu’il est enfin temps de se venger. De se venger des meufs de chez Perrotin. (À suivre).

- Les Galeries Perrotin


Gonzo Sentiments

Posté le : 21 mars 2010 | Addikted | 3 Commentaires »

On marche main dans la main, je fais des vannes, elle rigole. La journée normale, cool, comme on en rêve quand on a douze ans et qu’on veut se faire aimer en jetant des cailloux sur les meufs qui jouent tranquilles. Il y a des gamins qui courent, qui se prennent en photos, des vieux qui s’embrassent, des mains au cul, un mec qui fait du cerf volant, même Spike Jonze a envie de nous filmer. La musique c’est PWSteal.Ldpinch.D, le packshot à la fin pour une marque de cosmétique bisexuelle. Le soleil commence à me chauffer bien. J’ai la tête libre, on a bu un rosé dégueulasse comme les couples mi pauvres qui veulent se donner un genre adulte. On se chamaille, des vannes sur le physique parce qu’on est putain de beau dans ces moments là, et on sait que ça ne touchera pas l’autre. On est prêt à aller voir de l’art contemporain gratos, tant qu’on a moins de 25 ans. Et j’ai une putain de phrase qui monte dans la tête.

Je me frotte l’œil gauche. C’est toujours la lentille de l’œil gauche qui merde. J’ai une putain de phrase dans la tête. Bien placée, je ne veux pas la perdre. Je fais semblant de faire la gueule, il ne faut pas qu’elle me parle, je veux garder la pensée vive, remodeler la phrase qu’elle soit encore mieux, plus incisive. Ça va faire marrer tout le monde. 200-300 hits, je vois déjà ma mère m’en parler. « Oh Marc vraiment hein cette phrase hein ». J’ai une putain de phrase dans la tête et rien pour la noter, alors je continue de faire la gueule, je me frotte l’œil avec insistance pour détourner le sujet. « Putain mon œil ça saoule ». Et je vais pouvoir garder ma phrase près de moi, la ressortir quand j’aurais un bic, un coin de table. J’ai envie de sortir l’iPhone mais elle va croire que je vais checker twitter et ça va partir en vrille. « Tu check twitter alors qu’on se balade » et machin. Donc je fais la gueule, en souriant un peu quand même, une réponse idéale le sourire. Ça permet de la voir parler sans trop l’écouter, ça conclue des phrases que l’on n’a pas besoin d’échanger. Rallonger la discussion de quelques minutes, le temps de trouver une solution. Ça dure pas. Direct, elle capte qu’il se passe un truc, je suis trop mauvais acteur.

Alors ça y est c’est parti les questions, je fais l’évasif, mais c’est pire, elle s’énerve direct et j’essaye de garder ma phrase. Mais v’là faut que je trouve aussi une réponse pour qu’elle arrête d’insister. C’est un putain de bordel dans ma tête. Je dois tout ranger : Alors je place ma putain de phrase en périphérie, dans le cerveau un peu plus lointain. Je l’appelle le cerveau Reverb, parce qu’il fait résonner les trucs bien lourds que je vais ressortir pour faire du hit. J’ai le cerveau qui pense comme Ableton Live, c’est pour ça que je ne suis pas aller en Terminale S. Je gagne encore un peu de temps. On est bientôt arrivé et elle va forcément avoir envie de pisser. C’est toujours comme ça, dés qu’on arrive dans un lieu, elle a envie de pisser, elle connait toutes les chiottes de tous les lieux de la planète où on est allé à deux. Et c’est généralement dans ces moments que je couche la phrase sur un support quelconque. Forcément, je sais pas ranger le bordel de ma tête, je lui dis le truc le plus ignoble possible, le truc que j’ai le moins réfléchi mais qui paraissait cool à balancer dans une comédie romantique un peu vaseuse, pour faire durer le film plus d’une demi heure. La saloperie est partie d’un coup : J’aurais pu l’insulter de grosse pute et la foutre à quatre patte pour qu’elle me suce la bite devant ces gens, je m’en serais mieux sorti. Donc là, elle part en couille sévère et impossible de tempérer, de me tempérer, je fais « c’est bon, c’est bon ». En serrant les dents. « Et toi alors ? » je balance. J’enlève la reverb de ma putain phrase, je sentais que j’allais la perdre, elle revient tranquillement et je souris nerveusement parce qu’elle est bonne la phrase. Elle est toujours bonne c’te putain de phrase. Et aussi parce que je viens d’entendre un truc trop con qu’elle vient de dire pour me provoquer. « T’es séééérieeeeuuuse? » je fais avec mon accent chelou, faux mecs du quartier. « Et putain tu souris? Toi ça te fait marrer ? » elle fait. Je lâche un soupir, on est dans une rue que je ne connais pas. On s’est paumé.

Bon, fallait peut-être tourner la rue d’avant… Je sais plus. Qu’est ce qu’on fout, merde. On continue de marcher, comme ça, des pas rythmés, l’un essaye de passer devant l’autre. Toujours. Elle n’a pas encore capté qu’on était complétement perdu, elle pense que je maitrise le chemin. Elle me double tout en faisant attention à bien me suivre : Elle a un sens de l’orientation bien pourri. Ce paradoxe m’amuse, mais je n’ai pas le temps de l’analyser faut que je garde ma putain de phrase. Elle tente toutes les provocations existantes, je suis un mur froid qui veut garder son truc bien au chaud. Je m’arrête, elle continue d’avancer en ne criant pas trop fort, elle sait être discrète quand on se fout sur la gueule en public. Les pires trucs qu’on s’est balancés, ce n’est pas en criant à l’appart, mais en les soufflant dans la rue. J’ai pas envie de retrouver le chemin. Je fais semblant de regarder à droite à gauche, je sens que c’est foutu pour ma putain de phrase, je sens bien qu’elle veut que je l’oublie. Et ma putain de femme aussi, je la vois partir, en pestant, elle fonce, elle manque de faire tomber un type, qui ne s’énerve pas mais préfère mater son cul. Elle tourne dans une ruelle, un truc avec un nom absurde, et je la perds complétement. J’attends un moment. Je me dis que je ne suis pas du genre le plus grand des sauveurs, mais il y a une chose trop folle que je veux absolument sauvegarder.

Heureusement pour nous, ce n’est pas la littérature.