« La zonze »

18 août 2008

Tu ressembles à mon père.

Si! T’es blond comme lui.

Tiens je t’ai fait un dessin.

Non mais moi j’ai les yeux verts, mon père il a les yeux bleus.

Je peux t’appeler Papounet ?

Non, moi c’est Marc, ton père, c’est ton père.
Papounet !
… Non mais c’est bon là, stop. Ton père, il est en zonzon ou quoi là ?

Son père est effectivement en prison.

Je me sens bien, ça va.

Elle sourit encore quand je fais des blagues, ça va, ça va.

Je la regarde plus trop dans les yeux, mais ça va. Ouais, ça va. Il sort dans trois mois, je crois. Ou trois ans, je ne l’écoutais plus trop quand elle a tout raconté.

L’ironie de l’histoire, c’est qu’elle joue avec la fille d’un adjudant de Police. Et demain j’organise un “Douanier/contrebandier”.
Bon alors, tu fais contrebandier ?.. Comme Papa ?

« Mardi »

17 août 2008

Je mange des bonbons qui ont un goût de savon. Savon à la pomme. Savon au citron. A la cerise. Des bonbons premiers prix que je n’ai pas redistribué à mes gamins. Je porte un tshirt jaune fluo. Ma voisine gueule dans son jardin contre sa fille qui joue trop prêt de la gueule du chien. Mes voisins, ils n’ont que de la gueule.

J’ai ouvert la fenêtre et monté le volume. Sur mon twitter, les gens semblent mort. Le goût du savon reste dans ma bouche et j’essaye de retenir le numéro du service client avant de tomber en syncope. 0810282426. Il est un peu plus de dix-huit heures, je commence à écrire un texto. Je crois que les gens de twitter ne sont pas morts, ils sont juste en vacance.

Vingt-et-une heure, elle n’a pas répondu. Je me dis qu’elle est sur la route. Je ne sais même plus si j’ai reçu l’accusé. Je regarde la télé sur Zattoo. Une fille avec qui je travaille se connecte. L’adresse de son skyblog en pseudo. J’y vais, je lis. Je tombe du lit.

Siinn, tt l’mOiiS d’aOût, g tAff33 aU c3ntr3 a3r3 ET

*gt l’AniiMatriic3 Pr3f3r33 d3 tt3s lS ptiit3s Fiill3s
=>par rapport, à ma tenue vestimentr ( “oh, ils st tro bo t vets/ tu changes tt l tps de sac…. & j’en paSs’
=>car, elles se disputaient TTES pr me donner la m1/ se mettr c ôté d moi/ ê v3c’ moi ds l equipe
=>certn trouV q j’ressemblaits trOp à Lu’ Ciil3 d3 NOUV3LL3 $TAR, édit°2008.

ET encor + si j’me rajouter tt com L !!
…. d étoiles en descentes s/ le coin de l’oeil !!

[[ Ms, ça m’arrive d’men fr parfois & tt l’mond’ se retournt s/ mOii & jss sûre kils penst la mem choz, en soit SN SOSii3 !!^^

J’ai un gamin qui ne veut plus revenir à cause d’elle. Une moitié qui la déteste franchement. L’autre moitié abuse d’elle. Et je ne sais pas qui d’elle ou moi vit dans le monde réel. J’ai envie de fermer les yeux. De les rouvrir : Et d’être Mardi.

« Total 9 »

16 août 2008

Il n’y a que le prénom de la fille qui change. Que le numéro du Kompakt Total qui change. Que les prénoms des enfants qui s’actualisent. Mais ma deuxième quinzaine d’Août suit le même schéma chaque année depuis la fin de mon adolescence. Je travaille, je suis fatigué, mes cuisses se compotisent. Je passe des heures à playlister des trucs, j’allume, j’éteins, j’allume, j’éteins, j’allume mon téléphone portable pour voir si elle n’a pas envoyé de texto. Je trouve mes cheveux trop longs, et je n’ai pas de jeans à mettre pour le début de l’automne. J’écoute les Rice Twins en boucle, car c’est toujours l’un des meilleurs morceaux du disque. Je n’aime pas mon Samsung, je suis à deux doigts de le refiler à une gamine avec ma puce dedans. Garde-le, va.

Elle fait des feintes, elle envoie des messages différés sur MSN. On se voit Mardi. Elle s’est coupée les cheveux. Elle pleure quand on lui coupe les cheveux.

Chaque été aussi, mon MacBook part en SAV. L’année dernière, c’était la batterie. Cette année, c’est le disque dur. Et c’est ce genre de rupture annuelle qui me lie énormément avec mon ordinateur, plus qu’avec les gens. “lol”.

On se voit Mardi. Et on va se lécher. Et se raconter des trucs. Mais surtout se lécher.

Nicolas Stefan - Time Is Over (extrait de Kompakt Total 9)

« À priori raciste »

10 août 2008

Gaïane c’est mon opticienne. Elle s’est faite une couleur. Un truc entre la rouille et la prune. Un truc raté. Gaïane, elle parle comme une opératrice téléphonique. Elle répète toujours les mêmes trucs à tout le monde et elle conclue ses phrases par un rire nerveux. Elle m’appelle par mon prénom. Marc. Mais c’est son supérieur qui lui a soufflé. Son supérieur, c’est le meilleur commercial que je connaisse. On a l’impression qu’il connait par cœur notre dossier alors qu’il est en train de l’inventer. C’est comme Wikipedia : Si jamais il se trompe, il retouche derrière pour se donner raison. Gaïane a sorti les Persol de la boite, elle me les a tendu. Sa poitrine pointait un peu, aussi excitée que moi à l’idée de poser tout ça sur mon nez. Gaïane, elle est aussi jeune que moi. Ce qui me fait prendre conscience que je vieillis : Les gens qui vendent des trucs ont maintenant tous mon âge. Ils ne penseront pas à me filer des bonbons si je suis sage.

Gaïane, elle a un visage familier. J’ai l’impression que c’est à moi qu’elle a raconté la soirée où elle a perdu sa virginité. Elle me l’a raconté en philo, en cachant les petits mots dans le double fond de la colle UHU. J’ai quitté la galerie marchande et j’ai erré dans Carrefour. Je me suis offert Super Smash Brawl. À la caisse : Cathy. Elle était avec moi jusqu’en troisième. Je lui ai fait remarquer qu’on avait un camarade de classe à la caisse ou à la sécu ou au dépot de n’importe quel magasin de la zone commerciale. Elle a rit avec moi avant de me demander si je n’avais pas la carte de fidélité.

L’autre, elle est encore au Maroc. On s’est vu sur le net. Elle était dans un cyber. Elle a branché la webcam, et je lui ai demandé si elle ne se foutait pas de ma gueule. Son cyber, il ressemblait à n’importe quel Phone Center autour de La Chapelle. Elle m’a demandé si ça allait bien avec les gamins. Je lui ai demandé si son mariage était bien. Elle a dit : Pour le mariage, j’t'attends lol. C’est encore “un mensonge d’arabe” ? J’ai demandé. Elle m’a dit d’arrêter de faire le juif. Et son crédit s’est terminé, alors on s’est fait des bisous mutuels à travers la caméra. Comme si t’étais en prison, j’ai précisé. Non, là c’est le Maroc, la prison c’est à côté, elle a répondu. Dédicace à ses sœurs algériennes. Quand elle est partie, j’écoutais Filur - 20 Lashes. Des enculés de danois.

Filur - 20 Lashes (Filur’s Pitchstrumental)

« Illettrée »

27 juillet 2008

J’ai mis un pass pour consulter mes sms et protéger ma vie privée des fouineurs. Quand on sait qu’ensuite je les copie/colle tous ici.

On s’est embrassé. Dans la zone résidentielle entre sa barre hlm et mon pavillon. On s’est embrassé sur un petit coin d’herbe. Elle avait une petite robe chemisier et s’était lissée ses cheveux de moutons. Ils étaient encore un peu brulants, sentaient le résistance électrique mélangés à son parfum. Il était 22h30 environ.

Puis elle est partie. Et je ne la reverrai qu’en août. Elle part au bled. Enfin c’est la raison officielle, elle m’a avoué qu’elle ne partait que Mercredi. Et me cache ce qu’elle va faire Lundi et Mardi. Tu vas te marier ? Ils vont retirer ton micropénis ? Tu vas te refaire les seins ? Ce n’est rien de tout ça.
Après le bisou, elle a très vite disparu. Une voleuse. Apprentie : Le quartier est disposé comme un labyrinthe, c’est facile, il suffit de faire dix pas pour disparaitre derrière une sapinette. Petit j’y faisais des chasses à l’homme en vélo. Puis je suis parti aussi. Je ne me suis pas retourné. J’ai appelé un pote. Je l’ai embrassé, j’ai dis. Je te rappelle plus tard, il a dit.

Sur un traitement de texte, j’ai écris : On s’est embrassé. Et quand j’ai mis le point, mon portable a vibré. C’était elle. La voleuz par, mé penc atoi for tkt pas jpenc ke jté fé confianc pour 1bone raison j c ke juju é toi vs avé parié le bisous tkt ta gagné bisoux. J’ai répondu que je n’avais jamais rien parié. Et je lui ai demandé de revenir avec un pur sourire, un pur bronzage. Bon tkt pa jdi r1 car jé pu envi 2soufrir ds ma vi pi jpenc ya bcp de choz ki se pac ds ma vi ki me frustr tkt jte diré tou a mn retour jpenc atoi c mn secret lol. J’ai relu quatre-cinq fois pour comprendre ce qu’elle raconte et j’ai dis : Jaimerai ne pa minquiéter pr toi et pr ton mariage lundi lol,mais bon.jaurai tjs un oeil sur le portab. Elle a ajouté : tkt pr lé sms.Jpenceré a ti tjs pi chak seconde ki st pacé avk toi rest 1bonheur bone nui pi jmefou 2ce ke penc lé gen bis

Là, j’ai dormi. J’ai juste dormi. Moi, Apaisé. Elle, Illettrée. “lol”.